‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 92 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE X

jeux de son enfance, et, courant se jeter dans les bras de son père, lui dire avec une ingénuité charmante : « Papa, voulez-vous que je sois religieuse ? « Je veux aller vivre au couvent avec ma sœur « Geneviève. — Oui, ma fille, répondait ce bon « père, quand vous serez assez grande. — Alors, « papa, ajoutait l'enfant, j'instruirai les petites filles « sauvages. Oh ! quand serai-je assez grande pour « aller instruire les petites filles sauvages! »

M. Bourdon, le père de cette aimable enfant, était un chrétien admirable, qui ne connaissait et n'aimait que le devoir. On nous permettra de donner ici quelques détails sur son intérieur de famille qui serviront à faire connaître les mœurs et les habitudes patriarcales des premiers habitants de la colonie canadienne. Devenu veuf peu de temps après son arrivée à Québec, il s'était vu chargé seul du soin et de l'éducation de sept enfants, tous encore en bas âge. Mais la Providence vint heureusement à son secours, en lui faisant faire la connaissance d’une dame de haute piété et de grande qualité, qui ne tarda pas à remplacer auprès de lui l'épouse que la mort lui avait prématurément ravie. Elle était veuve elle aussi, et avait eu pour époux, avant son arrivée au Canada, Jean Clément du Wault, seigneur de Monceaux, chevalier de Saint-Louis et colonel d’un régiment de chevau-légers. Dégoûtée du beau monde de Paris et voulant se rapprocher de sa fille, mariée à M. d'Auteuil, et déjà établie à Québec, elle était venue se fixer au Canada dans le cours

de l’année 1649. Elle avait d’abord établi sa résidence chez M. d'Auteuil, à Sillery; mais bientôt la renommée de ses bonnes œuvres la fit connaître à M. Bourdon, qui désira fort la voir à la tête de sa propre famille. Laissons à notre vénérée Mère le soin de nous raconter certains autres détails de ce touchant épisode de la vie intime de ce pieux chrétien.

« Cette dame, dit-elle, est un exemple de piété et de charité dans tout le pays. Elle et M"‘ d’Ailleboust sont liées ensemble pour visiter les prisonniers, assister les criminels et les porter même en terre sur un brancard. Celle dont je vous parle, comme la plus agissante et la plus dévouée, est continuellement occupée à ses bonnes œuvres, et à quêter pour les pauvres, ce qu’elle fait avec succès. Enfin elle est la mère des misérables et l'exemple de toutes sortes de bonnes œuvres. Avant de passer en Canada où elle n’est venue que par un principe de piété et de dévotion, elle était veuve de M. de Monceaux, gentilhomme de qualité. Quelque temps après son arrivée M. Bourdon demeura veuf avec sept enfants, dont aucun n’était capable d’avoir soin de soi-même ni de son père. Elle eut un puissant mouvement d'assister cette famille, et, pour cet effet, elle résolut d’épouser M. Bourdon, dont la vertu lui était assez connue, mais à condition qu'ils vivraient ensemble comme frère et sœur ; cela s’est fait, et la condition a été exactement observée. Elle se ravala de condition pour faire ce coup de charité, qui fut

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