‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 106 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE II

les voix de la Communauté pour ma profession. Mais j'étais à ce moment si accablée de peines intérieures, que je ne sentis presque pas la joie que cette nouvelle, la plus heureuse de toutes celles que j'ai reçues en ma vie, devait me causer. Il me semblait que j'étais devenue comme insensible à tout événement extérieur. Je demeurai dans cet état jusqu’à la veille de ma profession, où tout à coup Notre- Seigneur me dilata le cœur et me fit goûter une joie qu’il m'est impossible d'exprimer. Ce furent des sentiments d'amour si vifs, des caresses si tendres, une union si complète avec sa divine Majesté, qu’en un instant je perdis jusqu’au souvenir de toutes mes croix et tribulations spirituelles. O mon cher Amour, lui disais-je, quoique j'aie été votre épouse jusqu’à cette heure par les vœux que je vous ai faits, je le serai plus particulièrement désormais. Je serai encore plus tout à vous, et vous serez encore plus tout à moi. Je sentais alors tout mon être plongé et abîmé dans un océan d'amour,

« Ce fut à tel point, que je dus supplier mon divin Époux de ne pas permettre que ces sentiments si vifs éclatassent pendant la cérémonie. Il m'accorda en effet cette grâce; mais dès que je fus retirée en notre cellule, ses attraits furent si puissants, qu’il me fallut prosterner, ne sachant en quelle posture tenir mon corps. J'étais si transportée et hors de moi, qu’en marchant par la maison il semblait que tout fût mort pour moi. Je ne pouvais entendre ni comprendre que mon divin Époux, et, durant tout le jour de ma

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