DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE III
faisant une extrême violence. La douleur intérieure lui coupait parfois la parole. Pendant l’oraison, le souvenir et l'impression de toutes ses tentations et de ses peines absorbaient son âme et paralysaient toutes ses facultés intérieures. O fille de Sion, votre douleur est grande comme la mer ! Qui donc pourra la soulager !?
On raconte que le démon en personne voulut luimême, en plusieurs occasions, se mesurer, sous une forme sensible, avec cette âme séraphique.
Une nuit, tandis qu’elle était en prières, elle vit tout à coup auprès de sa couche un spectre horrible de forme humaine, qui poussa un hurlement terrible, capable d'ébranler toute la maison. Elle le mit en fuite par le signe de la croix. Le lendemain matin, elle se hâta d'aller trouver la supérieure, pour lui raconter ce qu'elle avait vu et lui demander si elle n'avait rien entendu elle-même. Celle-ci répondit que non, mais qu’elle avait souffert de grandes peines et inquiétudes toute la nuit.
Dans une autre circonstance , elle se sentit toute saisie par une vive impression diabolique. C'était, d’après son propre témoignage, comme si le malin esprit s'était glissé dans tous ses membres pour les détruire et les anéantir. Elle ajoute qu’elle sentit en même temps, en elle-même, une lutte très vive; c'était sans doute un ange de Dieu qui combattait l'esprit du mal et finit bientôt par le chasser entièrement.
1 Thren., 11, 13.
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On a vu des phénomènes semblables se produire chez certains saints. Mais Dieu, qui ne permet ces combats extraordinaires que pour augmenter leurs mérites , les retire bientôt de cette épreuve et leur montre l1 douce sérénité de son visage.
C'est ce qu'il fit à l’égard de notre vénérable Mère, à l'occasion de sa profession religieuse, qui eut licv le 25 janvier 1633. Elle avait alors trente-
trois -:. ‘ n fils, qui depuis peu de jours était revenu de :’:1es, assistait à cette touchante cérémonie,
Le retor à5sez subit de cet enfant avait un moment alarmé sa généreuse mr>. Elle craignait de voir se renouveler les scènes que nous avons racontées plus haut. Grâce à Dieu, ces craintes ne se réalisèrent pas; car un heureux changement s'était opéré en lui. Il avait voulu lui-même assister à la cérémonie de la profession religieuse de sa mère; et c'était ce grand désir, joint au refus que faisait sa tante de payer plus longtemps sa pension, qui avait été un des principaux motifs de son retour de Rennes. « Commie l’on n'avait pas jugé à propos qu'il assistât à ma vêture, écrivait à ce sujet notre Mère, il fit son compte en son esprit de ne pas vouloir être trompé une seconde fois. » Mais, rassurons-nous, son séjour à Tours ne sera que de courte durée.
Notre fervente professe a exprimé elle-même les sentiments qui remplissaient son âme en ce jour de sa profession religieuse, un des plus grands et des plus solennels de sa vie. « Enfin, dit-elle, je reçus
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