‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 108 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE II

« Cette douce communication de mon bien-aimé Sauveur fut pour moi un encouragement précieux. Il me semblait que toutes les voies de la vie religieuse allaient m'être désormais aplanies, et que je n’y rencontrerais plus de difficultés d'aucune sorte, »

Hélas ! cette douce colombe ignorait que la croix allait encore se dresser devant elle avec tout son cortège de souffrances.

Huit jours, en effet, s'étaient à peine écoulés depuis le jour béni de sa profession religieuse, lorsqu'elle fut de nouveau plongée dans son même océan d'amertume. « Je ne voyais plus autour de moi aucun sujet de consolation et d'espérance, dit-elle, il me semblait que j'étais devenue un objet de mépris et d'horreur pour toutes les personnes qui m’environnaient. Je croyais que toutes mes compagnes voyaient mes fautes et mes misères intérieures, comme je les voyais moi-même ; aussi je n'osais plus paraître en leur présence sans me sentir toute couverte de honte et de confusion. J’offrais intérieurement à Notre- Seigneur toutes ces peines, et je faisais le sacrifice de ne point chercher, pour lui plaire, de consolations hors de lui, dans les créatures.

« Dieu sait néanmoins les répugnances que j'éprouvais pour ces grandes humiliations intérieures qui m'accablaient alors. Et, chose étonnante! plus je me voyais basse et humiliée, et plus je sentais au fond de mon cœur une voix intérieure qui me disait :

1 Dom Claude Martin, relation, ch. vi, p. 216-217. Ps

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Cherche à t'avilir et à t'anéantir davantage encore jusqu'au plus profond des abîmes où tu pourras atteindre. — C'était une lutte terrible entre cet esprit intérieur d’humiliation et les sentiments de ma nature; car ceux-ci lui étaient contraires et tout opposés. Mais ils étaient vaincus et la moindre satisfaction leur était impitoyablement refusée. Il est impossible d'exprimer ce que l’on ressent dans ce crucifiement intérieur des plus profonds instincts et sentiments de la nature. C'est bien la souffrance intime et profonde causée

par l’action divine qui, comme ce glaive acéré dont 6 parle l’apôtre saint Paul, arrive jusqu’à opérer la . division de l’âme et de l’esprit!. Toutefois, que cette t division est dure et difficile ! C'est un combat inté- k

rieur, comme je l’ai dit tout à l'heure, dans lequel la partie supérieure de l’âme, qui veut être tout à Dieu, lutte contre la partie inférieure, qui tend à se rechercher elle-même, ou du moins à trouver quelque repos dans les créatures, et se termine par la défaite complète, ou plutôt la mort de cette partie inférieure, qui ne trouve plus aucun objet auquel elle puisse s'attacher et se complaire?. »

Tel était le dénuement intérieur de tout secours humain, de toute consolation naturelle, dans lequel le Verbe de Dieu se complaisait à établir et à considérer sa chère épouse. Mais, s’il la dépouillait ainsi de toute satisfaction naturelle, ce n’était que pour la remplir plus abondamment de ses çonso-

2 Hébr., 1v, 12.

2 Claude Martin, addition au ch: vi, p.221. ‘!

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