‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 116 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IV

à la lecture de l’Écriture sainte, pour laquelle elle avait un attrait extraordinaire, accompagné de lumières toutes célestes qui lui en facilitaient l’intelligence. Elle en lisait peu, nous dit-elle, parce que « son occupation intérieure, le profond recueillement de ses puissances en Dieu qui lui était habituel, ne lui permettait pas d'en lire davantage ». Mais ce peu suffisait pour alimenter son âme.

Après les longs jours de ténèbres spirituelles qu’elle venait de traverser, elle voyait luire maintenant, dans tout son éclat, le doux soleil des consolations célestes. Ainsi, quand l’azur du ciel a longtemps été voilé par d’épais et sombres nuages, le soleil retrouve, lorsqu'une brise légère vient à les dissiper, un éclat encore plus radieux.

Toutefois, de ces longs jours passés sur la croix avec son divin Époux, l’épouse emportait dans son cœur un souvenir ineffaçable, plus que cela, une grâce infiniment précieuse, C'était un amour vraiment passionné pour la souffrance. C’est dans la croix, en effet, qu'est pour nous la vie et le salut, et il faut y avoir été attaché comme notre vénérable Mère, pour en connaître à fond les inappréciables trésors.

« Dans toutes mes croix je reconnais, dit-elle, le grand amour que Notre-Seigneur me porte, combien elles me sont utiles et combien je dois les chérir. Elles m'éclairent, me font voir et comprendre ce qui est défectueux et contraire au pur amour. Elles me font aussi mourir à tous mes sentiments naturéls et m'aident puissamment à me défaire de tout ce qui

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peut retarder ma marche dans la voie de la perfection. Quand je me sens toute crucifiée intérieurement, je me sens alors plus intimement unie à mon divin Rédempteur, et volontiers je le prierais de ne point m’épargner, mais de me frapper encore et de me faire mourir à moi-même, jusqu’à ce que je ne vive plus que pour lui. Dans l'abondance des faveurs spir'tuelles, au contraire, on supporte, il est vrai, gaiement tout ce qui arrive; mais on ne se connaît pas bien soi-même, et quelquefois une foule d’imperfections se cachent dans cette joie. Mais, lorsque tout secours divin semble s'être retiré et que l’âme paraît être livrée à elle-même, elle se connaît alors, elle voit toutes ses faiblesses et ses misères, Elle commence à être désabusée de ses illusions et à comprendre qu'elle est loin encore d’être mortifiée complètement.

« Ce sont là des avantages bien précieux.

Aussi j'ai toujours gardé, depuis mes grandes épreuves intérieures, un grand amour pour les souffrances. Si bien que, si l'on me donnait à choisir entre toutes les joies spirituelles qu'une âme peut goûter en cette vie, et toutes les douleurs intérieures que j'ai connues et éprouvées, et dont je n'ai pu rapporter la millième partie, je n’hésiterais pas un instant à choisir les croix, les épreuves, bien persuadée que lorsqu'elles sont supportées avec patience et résignation, elles nous procurent les plus grands biens!. »

1 Claude Martin, Ile partie, ch. vit, addition.

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