DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE IV
On ne saurait mieux exprimer les sentiments d’une âme parfaitement morte à elle-même, et qui a bu à longs traits au calice des souffrances du divin Sauveur. Quels précieux encouragements ils nous offrent, à nous qui succombons trop souvent sous le poids des plus légères épreuves !
Une autre vérité bien importante, qu’il ne faut pas oublier de rappeler ici, c'est que les grandes épreuves sont ordinairement le signe avant-coureur des grandes grâces. Peu de jours, en effet, après que notre fervente religieuse eut été délivrée de ses tentations, elle fut favorisée d'une vision prophétique où sa vocation apostolique pour le Canada commença à lui être manifestée, bien que d’une façon toute mystérieuse encore.
« Une nuit, après un entretien intime et familier avec mon divin Époux, il me fut représenté en songe que j'étais avec une dame séculière que j'avais rencontrée par je ne sais quel hasard. Nous quittâmes, elle et moi, le lieu de notre demeure ordinaire, et, la prenant par la main, je l'emmenai avec moi à grands pas et avec bien de la fatigue vers la mer, du côté où l'on fait les embarquements. Nous trouvions des obstacles très considérables qui s’opposaient à notre passage et à notre arrivée au lieu où nous aspirions. Bien que je ne susse pas quel était ce lieu ni le chemin qui y conduisait, je franchissais cependant tous ces obstacles, ayant toujours auprès de moi cette. bonne dame. Nous arrivâmes enfin à une belle place précédée d'un magnifique portique, sur le
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seuil duquel nous trouvâmes un homme vêtu de blanc que je compris être un apôtre. Il était le gardien de ce lieu. Par un signe de sa main il nous y fit entrer, nous donnant à entendre que c'était par là qu’il fallait passer. Nous entrâmes donc. Le lieu était ravissant. On eût dit une grande place dont le pavé était de marbre blanc ou d’albâtre, par carreaux, et les liaisons en paraissaient être d’un beau rouge. Il n'avait point d'autre voûte ou plafond que | la voûte céleste. Il était entouré de superbes édifices |
en forme de monastères. Le silence absolu qui y ; régnait ajoutait encore au charme et à la beauté de c ces lieux. En y avançant, j'aperçus de loin, à main I gauche, comme une petite église de marbre blanc, | f d’une belle architecture antique. A l'entrée, s’éle- s vait un siège dans une sorte de niche, où la très u
sainte Vierge se tenait assise, ayant entre ses bras son divin enfant Jésus.
« Au bas de ce lieu, qui était très éminent, s'étendait un grand et vaste pays, plein de montagnes et de vallées, mais tout couvert de brouillards épais, à l'exception d'un petit édifice qui servait d'église à tout le pays. La Mère de Dieu regardait avec com-
passion ces vastes contrées infidèles, dont la vue causait autant de pitié que de frayeur, et où l'on ne pouvait descendre que par un sentier rude et étroit. De loin, la sainte Vierge et son Fils paraissaient de marbre comme tout le reste; mais, en approchant, je reconnus qu'ils étaient vivants. D'abord, la Mère de Dieu me parut aussi inflexible que le marbre sur