‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 128 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE V

vain. Nous en avons une preuve authentique dans ces lignes si touchantes, que notre Mère de l’Incarnation lui adressait de Québec, peu d'années avant sa mort : « Tous vos proches me touchent de près, mon intime Mère, et le sujet qui vous afflige m'afilige. J'en ai eu connaissance dans ce bout du monde, et je vous dirai que nous avons entrepris l’espace de dix semaines de grandes dévotions et de grandes pénitences, en l'honneur de la Passion de Notre- Seigneur, afin qu’il plût à sa bonté d'y mettre ordre et d'opérer le salut de qui vous pouvez juger; et indépendamment de tout cela, j'ai encore pris, à mon particulier, l'affaire fort à cœur. Consolez-vous, mon intime Mère, en cette pesante croix. »

Il fallut, on le sait, de grands efforts et des prières bien ferventes, pour arracher la malheureuse duchesse de la Vallière aux affections coupables qui l'avaient retenue si longtemps captive. Sa pieuse tante, par un acte héroïque qui lui donne un trait frappant de ressemblance avec la Mère de l'Incarnation, consentit un jour à se charger elle-même de tous ses crimes, et à s'en rendre responsable devant Dieu. Le Ciel sembla vouloir ratifier d’une manière visible cette ardente charité. Elle mourut, en effet, le 16 décembre 1673, après de longues années de souffrance et de pénitence volontaires, et son illustre nièce, arrachée enfin aux brillantes séductions qui l’avaient égarée, brisa définitivement toutes ses relations avec le monde l’année suivante, et se retira au monastère des Carmélites de

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Chaillot pour y mourir dans la plus austère pénitence.

Nous trouvons encore au noviciat du monastère de Tours, en ces années 1634, 1635, une jeune religieuse qui doit occuper une large place dans cette histoire, et dont nous aurons plus loin l’occasion de raconter en peu de mots la douce et innocente vie, Elle n’est encore connue que sous le nom de sœur Marie de Saint-Bernard. Nous la verrons à côté de la Mère Marie de l’Incarnation, au moment de son départ pour le nouveau monde, et durant les treize premières années de son séjour à Québec, où elle a laissé après elle un parfum d'innocence, de pureté, de dévouement, que le temps lui-même, après plus de deux siècles, n’a pas encore dissipé.

Ces trois religieuses, ainsi qu’une sœur converse, sœur Perrine de Sainte-Claire, dont l’histoire nous a conservé le nom avec le souvenir de ses éminentes vertus, et plusieurs autres encore que Dieu seul et ses anges connaissent, furent les glorieuses prémices de l’apostolat de la Mère de l’Incarnation après son entrée dans la vie religieuse. À en juger seulement par ces premiers résultats, on peut augurer déjà combien il sera un jour fécond et glorieux.

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