DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VII
jeune veuve connue sous le nom de M"*° de la Peltrie, à peine âgée de vingt-trois ans, non moins richement dotée des biens de la terre que de ceux du ciel, était au moment de rendre sa belle âme à Dieu. Étendue sur sa couche, sentant la mort approcher à grands pas, elle avait déja demandé à être revêtue des saintes livrées du Tiers-Ordre de Saint-François d'Assise, pour accomplir sous les auspices de ce saint patriarche son passage du temps à l'éternité. Deux religieux capucins veillaient à son chevet, récitant les prières des agonisants. Autour d’elle on n’entendait déjà que gémissements et lamentations.
Tout à coup le front de la mourante semble s’illuminer. Une pensée toute céleste a traversé son esprit, et tout bas, sans être entendue des personnes qui l'entourent, elle fait vœu à saint Joseph d’aller bâtir une église en son honneur au Canada, si la santé lui est rendue.
A peine ce vœu eut-il été formulé, un doux sommeil appesantissait les paupières de la malade; et quand, au bout de quelques moments, elle se réveilla, tout mal avait, disparu : ce n'était même pas la convalescence, C'était la guérison complète et la santé.
A cette nouvelle si inattendue, tout le monde s'empresse auprès de la jeune dame si miraculeusement guérie; les médecins arrivent; ils ont peine à en croire leurs yeux. L’un d'eux, ayant voulu encore lui tâter le pouls, lui dit en riant : « Où est donc votre fièvre, Madame”? Serait-elle allée au
Canada ? — Oui, Monsieur, répondit celle-ci en souriant à son tour, mais d'un ton ému dont personne ne pouvait comprendre autour d'elle la signification, oui, Monsieur, elle y est allée. »
Ce n'était pas, du reste, la première fois que la pensée de ce lointain pays se présentait à l’esprit de cette riche et sainte veuve. Peu de temps avant sa maladie, elle avait lu, elle aussi, comme la Mère Marie de l’Incarnation, la relation des missions de la Nouvelle-France, et son cœur en avait été profondément touché. Elle s’était proposé dès lors de consacrer sa grande fortune à la conversion de cette terre encore plongée dans les ténèbres de l'idolâtrie. Une grande faveur spirituelle, qui lui fut accordée le jour de la
fête de la Visitation de la très sainte Vierge, vint
achever de l'y déterminer. Étant ce jour-là en oraison, Notre-Seigneur daigna parler fortement à son cœur, et lui dire que sa volonté était qu’elle allât au Canada pour se dévouer au salut des indigènes de ces contrées, lui promettant de très grandes grâces, en retour de sa fidélité à exécuter ses ordres, A cette parole intérieure, la pieuse dame se sentit couverte d’une extrême confusion, et son visage fut en un instant tout inondé de larmes. « Ce n’est pas à moi, Seigneur, dit-elle, qui suis une si grande pécheresse et une si vile créature, qu'il faut faire de si grandes faveurs. — Il est vrai, repartit le divin Maître, mais c'est pour donner sujet d'admirer davantage ma miséricorde. Je veux me servir de vous en ce pays-là, et, nonobstant les obstacles qui s’élèveront pour
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