DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE VII
empêcher l'exécution de mes ordres, vous irez et vous y mourrez. »
Bientôt après elle tomba malade et fut réduite à la dernière extrémité, ainsi que nous venons de le raconter.
Cette mission extraordinaire donnée à cette pieuse veuve, et sa guérison toute miraculeuse, disent assez quelles étaient ses rares vertus. D'une nature bien différente, il est vrai, de celle de notre Mère de l’ncarnation, elle lui ressemblait cependant sous plusieurs rapports. L'une et l'autre joignaient à la même innocence de vie le même zèle ardent pour le salut des âmes.
M": de la Peltrie était née à Alençon, en 1603, de pare-ts profondément chrétiens, appartenant l’un et l’autre à la plus haute noblesse de Normandie. Son père, M. de Chauvigny, seigneur de Vaubougon, était un des hommes les plus remarquables de cette province, et sa mère ne le cédait en rien à un si digne époux. C'est dire à quelle source pure et féconde la future compagne de notre Mère de l’Incarnation fut appelée dès le berceau à puiser la sève chrétienne qui devait plus tard l’élever si haut. À son bon naturel, à son inclination au bien, il était aisé de voir qu'elle n'était née que pour la vertu. On remarquait surtout en elle, dès sa plus tendre enfance, avec une maturité de sentiments qui n'était point de son âge, une exquise bonté de cœur et une tendre compassion pour les malheureux. Elle ne pouvait, dit-on, voir une personne dans la misère ou la souffrance
sans se sentir vivement émue. Aussi ses parents et les amis de sa famille la regardaient avec admiration et se demandaient intérieurement ce que serait un jour cette enfant privilégiée.
A mesure qu'elle avançait en âge, son attrait pour Jésus-Christ se développait, et elle ne tarda pas à prendre la résolution de se consacrer à son service et de n'avoir jamais d'autre époux que lui. Mais M. et M"° de Chauvigny avaient d’autres vues sur leur chère enfant. Quand ils lui manifestèrent leur volonté, si opposée à la sienne, il y eut dans l’âme de la pieuse jeune fille une grande lutte intérieure entre les sentiments de la piété filiale et les inclinations surnaturelles de son cœur. Pour se mettre à l'abri des instances de ses parents, elle s’enfuit un jour de la maison paternelle. Laissons à M. l'abbé Casgrain, l’élégant historien canadien de la vénérable Mère Marie de l’Incarnation, le soin de nous raconter lui-même cet intéressant et charmant épisode de la vie de M”° de la Peltrie : « Un soir, après le départ d’une brillante réunion que les parents de M'° de Chauvigny avaient invitée pour célébrer le dix-septième anniversaire de sa naissance, et où ils avaient épuisé tous les trésors de leur tendresse, ils la prirent à l’écart et essayèrent de lui persuader qu’une personne vertueuse, même au milieu des cercles les plus enjoués, pouvait faire plus de bien par ses exemples que la religieuse la plus austère retirée au fond de sa cellule, unique témoin de ses veilles et de ses macérations.
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