DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE X
que Dieu avait jeté les yeux sur ses filles pour une entreprise aussi sainte et aussi héroïque, il se croyait obligé néanmoins, par un sentiment de prudence que tout le monde comprendrait, à ne rien conclure à la légère et à ne permettre définitivement le départ de ces religieuses qu'autant qu'on lui aurait garanti les fonds nécessaires pour la fondation du monastère de la Nouvelle-France.
Se tournant alors vers M"° de la Peltrie, il la pria de vouloir bien exprimer nettement devant toute l'assistance chacune de ses intentions, et lui exprima le désir que le contrat de fondation fût passé en sa présence, séance tenante, Un instant surprise par cette demande, la pieuse dame se hâta cependant de répondre que son intention était de donner tous ses biens, dont elle fit l’exacte et complète énumération, pour la fondation de cette œuvre apostolique, et que pour s'ôter à l'avenir tout moyen de revenir sur cet acte, elle avait résolu de se donner elle-même, ce qu'elle faisait en quittant la France pour se rendre au Canada. Elle termina en suppliant M‘ l'archevêque de vouloir bien la dispenser de passer en ce moment même le contrat qu’il voulait bien lui demander, attendu qu'elle n'avait pris aucune mesure pour cela en venant à Tours. Mais elle ajouta qu’elle consentait volontiers à le passer à Paris, en présence de telles personnes que ME l’archevêque voudrait bien désigner luimême.
Le vénéré prélat et les membres de son conseil se
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montrèrent suffisamment satisfaits de cette réponse, et il fut convenu que le R. P. de la Haye et le R. P. dom Raymond de Saint-Bernard, qui était alors à Paris provincial de son ordre, seraient délégués par Monseigneur de Tours pour assister en son nom à la conclusion de ce contrat de fondation.
M" l'archevêque leva alors la séance et témoigna le désir de célébrer lui-même la sainte messe, à l’intention de ses chères filles. Mais, à cause de son grand âge et de ses infirmités, il ne put se donner cette douce satisfaction, Il dut se contenter d'assister au saint sacrifice qui fut immédiatement célébré dans sa chapelle, et de faire la sainte communion avec elles, voulant leur montrer par là que son cœur était uni au leur dans l'amour de Celui qu'ils recevaient ensemble, et que l'éloignement et la distance ne pourraient jamais les désunir.
Après la messe et l’action de grâces, il les introduisit, avec M"° de la Peltrie et M. de Bernières, dans la salle à manger, et les invita à s’asseoir à sa table. Dès qu'ils eurent pris ensemble une petite réfection, il les ramena au salon et leur fit pour la dernière fois ses recommandations, en leur appliquant les paroles que Notre-Seigneur adressa luimême à ses apôtres, lorsqu'il leur parlait de leur mission apostolique. Notre vénérée Mère et sa compagne tombèrent alors à genoux, suppliant le digne archevêque de vouloir bien leur commander ce voyage en vertu de la sainte obéissance, afin
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