DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE X
fiance en elle; qu’elle voyait dès lors les nécessités et l'abandon où il pourrait tomber, mais qu’elle voyait en même temps d’où le secours lui devait venir, et que, n'ayant point été trompée dans son attente, elle demeurait dans la même espérance contre tous les fâcheux événements qui lui pourraient arriver. »
La sœur de notre fervente Ursuline, obligée de battre en retraite devant une résolution si précise, ne perdit pas cependant courage. Elle écrivit à son neveu, qui se trouvait alors à Orléans, pour lui raconter tous les événements qui s'étaient passés, et lui annoncer le prochain départ de sa mère pour le Canada. Elle lui disait qu'avant de s’embarquer elle devait se rendre à Paris, et passerait par conséquent par Orléans, où il pourrait la voir. Puis,'par les considérations les plus pressantes et les plus noires, elle cherchait à l’exciter à une résistance opiniâtre à un semblable projet, le menaçant de l’abandonner complètement, de ne plus s'occuper de lui et même de ie réduire à la dernière misère, s’il ne parvenait pas à ébranler les résolutions de sa mère. Pour mieux le convaincre, et lui prouver que ces menaces n'étaient point vaines, elle avait eu soin de joindre à cette lettre l'acte notarié par lequel elle révoquait la pension annuelle qu’elle lui avait donnée jusqu’à ce jour. Enfin, par un surcroît de précautions, elle avait chargé une personne de lui remettre à luimême et le plus tôt possible cet envoi, afin de prévenir toutes les infidélités ou les retards de la poste,
Cependant on était arrivé à la veille du jour fixé pour le départ. Vers le soir, on vint prévenir la Mère supérieure des Ursulines que M l'archevêque l’attendait le lendemain de bonne heure à l’archevêché avec une religieuse chargée de l'accompagner, la Mère de l’Incarnation et la Mère de Saint- Joseph.
Le lendemain matin, en effet, dès la pointe du jour, le carrosse de ME" l'archevêque était devant la porte du monastère. Les personnes désignées y prirent place, et arrivèrent auprès du prélat, où M"° de la Peltrie et M. de Bernières les attendaient.
L’archevêque les reçut avec une visible émotion. Il ne pouvait se lasser de considérer ces généreuses épouses de Jésus-Christ, qui allaient affronter, pour l'amour et la gloire de leur divin Époux, les périls d’une si longue traversée et ceux, plus grands encore, de la vie apostolique dans le nouveau monde. Ce noble et saint vieillard de quatre-vingt-deux ans était doué d’un vrai cœur de père. Il était fier de ses nobles filles, mais il craignait aussi pour elles, à la pensée des dangers qu’elles allaient courir. Aussi, avant de passer outre, il les introduisit lui-même dans son cabinet, où se trouvaient réunies plusieurs personnes de grand mérite, qu'il avait convoquées secrètement pour l’assister dans l’exécution de son dessein. Dès que tout le monde fut assis, il prit lui-même la parole pour dire que, bien qu'il eût facilité jusqu'à ce moment les projets de mission au Canada qu’on lui avait soumis, et qu'il eût une joie sensible de ce
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