DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE XI
nos vaillantes missionnaires, était attenante à la résidence des révérends Pères jésuites. « Nous étions là, a dit encore notre vénérée Mère, comme dans un lieu de retraite, excepté que par la nécessité de nos affaires nous étions quelquefois obligées de nous produire, et de recevoir des visites de plusieurs personnes de considération qui nous faisaient l’honneur de nous venir voir!. »
La Mère de l'Incarnation et sa compagne, Mère Marie de Saint-Joseph, demeurèrent dans cette maison jusqu’au 49 mars, fête de saint Joseph, où, cédant enfin aux instances des Mères Ursulines du faubourg Saint-Jacques, elles consentirent à aller habiter chez elles pendant quelques jours. Elles s’y retrouvèrent un peu dans « leur élément », selon leur propre expression.
Il y avait alors, au sein de cette communauté d'Ursulines du faubourg Saint-Jacques, une sœur très fervente et très capable nommée Mère de Saint- Jérôme, qui désirait depuis longtemps se consacrer aux missions. La Mère de l’Incarnation eût vivement désiré l'emmener avec elle, car elle avait bien vite reconnu ses rares qualités. Plusieurs démarches furent faites dans ce but. Les Mères Ursulines consentaient à son départ, mais une opposition formelle à ce projet vint, au dernier moment, du côté de ME: l'archevêque de Paris qui, après avoir donné son consentement, le retira tout à coup, on ne sait
1 Dom Claude Martin, relation, ch. xvn, Ie partie, p. 378.
pourquoi. Ce fut en vain que l’on s’eflorça de le ramener à son premier sentiment. La reine ellemême, ainsi que nous le verrons tout à l’heure, ne put y parvenir.
Cependant les craintes de la vénérée Mère ne tardèrent pas à se réaliser. La nouvelle du départ de M"° de la Peltrie et des religieuses Ursulines pour la Nouvelle-France se répandit bientôt dans la capitale, et y excita au plus haut degré la curiosité publique. Toute la société de l’époque ne cessait d’assiéger, en quelque sorte, les parloirs du monastère du faubourg Saint-Jacques et l’hôtel de M. de Meules, pour voir les deux fondatrices du monastère canadien. On les interrogeait, on les félicitait de leur courage, et chacune des personnes qui avait pu les voir et converser avec elles se sentait profondément édifiée de la sainteté qui brillait en toute leur personne. Tout le monde était dans l’admiration à la vue d'une chose qui était alors si nouvelle et qui paraissait si étonnante.
M"° la duchesse d’Aiguillon et M”° la comtesse de Brienne témoignèrent en particulier à la Mère de l’Incarnation la plus vive admiration et la plus ardente sympathie, Ces deux grandes dames usèrent de tout leur crédit pour favoriser sa mission.
La reine elle-même, Anne d'Autriche, voulut la voir ainsi que sa compagne et M°° de la Peltrie, et chargea la comtesse de Brienne de les amener toutes les trois à Saint-Germain-en-Laye, où Sa
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