PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE ll
promis, même pour 1ci-bas, à ceux qui quittent tout pour le suivre.
Cependant les rares qualités d'esprit et de cœur qu'elle possédait, l'intelligence qu'elle avait déployée pendant ses deux ans de mariage dans la gestion des affaires matérielles et le gouvernement de sa maison, déterminèrent plusieurs autres partis très avantaeux à rechercher son alliance. Tous les membres de sa famille étaient unanimes à la solliciter de se décider à un second mariage, faisant valoir, pour l'y déterminer, les considérations les plus sérieuses, tirées pour la plupart, soit de sa jeunesse, qui exigeait une proteciion et un appui, soit de l’âge de son fils, dont elle ne pourrait toute seule mener à bonne fin l'éducation, soit aussi des difficultés de sa situation matérielle.
Mais, quelque impression que fissent sur elle ces graves observations, elles ne purent jamais la déterminer à se donner à un autre époux que celui dont l'amour captivait depuis longtemps son cœur. Cet amour, fort comme la mort, selon le langage de la sainte icriture , la faisait déjà mourir chaque jour au monde, à elle-même, à toutes les affections et plaisirs d'ici-bas. Jésus régnait déjà depuis longtemps en souverain dans sa grande âme, dont nul autre que lui n'eût pu, d’ailleurs, remplir les profondeurs et satisfaire les aspirations et les désirs. « Quoique j'aimasse beaucoup votre père, écrivait-elle un jour à son fils, et que la perte que j'en fis me fut d’abord très sensible, mon âme ceperdant, se sentant, libre
et dégagée, se liquéfiait en actions de grâces de ce que je n'avais plus que Dieu en qui mon cœur et mes affections pussent se dila :r désormais. Et mon cœur se dilatait, en effet, dans la solitude où je n'avais plus qu'à penser à lui et à vous élever pour son saint service‘. »
Un jour cependant, il faut le dire, il y eut dans son âme comme un petit moment d'hésitation et d’incertitude. Les sollicitations pressantes, appuyées sur les raisons les plus plausibles, dont elle ne cessait d'être l'objet de la part de tous ses parents et amis, par-dessus tout la vue de son jeune enfant encore en si bas âge, agirent un instant si fortement sur son esprit, qu'elle se demanda si Dieu ne voulait pas la laisser vivre dans le monde, comme :il l'avait fait jusqu'à ce jour. Mais ce ne fut là qu'un court moment d'arrêt dans son vol rapide vers les hauts sommets de la perfection et de l'union mystique. Toute sa vie, elle se reprocha amèrement cette faute, ainsi qu'elle le disait elle-même, et Le repentir qu’elle en eut fut l'occasion de ce qu'elle a appelé sa conversion, et des rapides progrès qu'elle a faits à partir de cette époque dans les voies de la sainteté.
Ici doit se placer le récit d'une des plus grandes visions dont notre vénérée Mère ait jamais été favorisée. Elle marque le commencement d'une phase toute nouvelle dans l'œuvre de sa sanctification.
Quand Dieu choisit une âme pour l'élever jusqu'aux
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