‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 20 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE III

plus hautes cimes de la contemplation, il commence par la purifier de toutes ses souillures. Elle passe par le rude creuset de l’humiliation et des souffrances, Elle est plongée dans le bain salutaire de la pénitence, qui n’est autre chose que le sang de Jésus- Christ. C’est à cette première période de préparation mystique que se rapporte le fait suivant.

« C'était la veille de l'Incarnation de Notre-Seigneur, raconte notre vénérée Mère, l’an mil six cent vingt, le vingt-quatrième jour de mars : j'allais, de grand matin, comme de coutume, vaquer à mes affaires. Chemin faisant, je me recommandais instamment à Dieu par mon aspiration de cœur ordinaire : {n {e, Domine, speravi, non confundar in ælernum.

« Je me sentais ce jour-là plus confiante que jamais en l'assistance divine, lorsque tout à coup je fus arrêtée par une vue claire, distincte, plus certaine qu'aucune langue humaine ne saurait dire, de toutes les fautes, péchés et imperfections de toute ma vie. Je me vis plongée, en même temps, dans un bain de sang, et il me fut révélé que ce sang n'était autre que celui de Notre-Seigneur répandu pour l'expiation de mes péchés.

« Si Dieu ne m'eût soutenue en cette circonstance, je crois que je serais morte de frayeur, tant le péché, quelque petit qu'il soit, me parut alors horrible et épouvantable, Comment exprimer, en effet, ce que l'on éprouve en voyant un Dieu d'une bonté infinie et d’une pureté incomparable, ollensé jar un misé-

rable ver de terre? C'est là ce qui surpasse l'horreur même.

« Mais ce qui est plus merveilleux et plus étonnant encore, c’est l’infinie charité de Dieu, qui l’a poussé à expier lui-même cette offense par le sacrifice de la croix... Et, quand on considère que l’on a été soimême personnellement coupable, et que, pour mettre le comble à tant d'amour, le Fils de Dieu se serait dévoué, comme il l’a fait, à tous les tourments et à la mort pour l'expiation des péchés de notre âme, quand même elle eût été la seule qui en eût commis, on demeure comme anéanti... Ces vues et ces opérations sont si pénétrantes, qu’en un moment elles produisent leur merveilleux effet; c’est ce qui m'arriva en cette circonstance. Mon cœur fut ravi en un instant, et embrasé d'un tel amour pour Dieu, qu'il éprouva un regret de l'avoir offensé dont rien ne saurait donner une idée. Je me serais jetée dans les flammes pour satisfaire l'ardent désir de la pénitence qui commença dès lors à remplir mon cœur. Ce qui peut paraître plus incompréhensible encore, c’est que ce violent attrait pour la pénitence était plein de douceur et de charmes. C'était comme une chaine qui liait mon âme au Seigneur pour en faire son esclave d'amour, et j'éprouvais une douce joie à me sentir réduite à ce précieux esclavage. Cependant je me sentais toujours plongée dans le même bain de sang, et je soupirais vers le moment où je pourrais faire à un prêtre l’aveu complet et toute la confession de mes fautes, Or, dès que cette vision eut disparu, je

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