DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE XI
de Saint-Joseph, comme sur une tendre victime, et quoiqu'il admirât son courage, toutefois, la voyant jeune, faible et délicate, il en avait compassion. Mais la Mère de l’Incarnation ne lui faisait point de pitié; il souhaitait qu'elle fût sacrifiée, ou immolée, ou brûlée toute vive pour Jésus-Christ, et il faisait paraître de semblables sentiments pour M"° de la Peltrie!. »
Dès que sa santé fut rétablie, nos chères Canadiennes songèrent à reprendre aussitôt leur voyage. On était arrivé déjà aux premiers jours d'avril. Elles quittèrent donc Paris et se dirigèrent vers Rouen, où elles demeurèrent quelques jours, et où elles trouvèrent le R. P. Charles Lallemand, qui s'était chargé de veiller lui-même aux apprêts du navire. Ce bon Père voulut les accompagner luimême jusqu'à Dieppe.
A leur arrivée dans cette ville, elles descendirent chez les religieuses Ursulines, qui les attendaient. La divine Providence leur ménagea auprès d'elles une bien douce joie. Il y avait dans ce monastère une très fervente religieuse appelée Mère Cécile de Sainte- Croix, qui depuis longtemps était dévorée du désir de se consacrer à l’apostolat dans les Missions, et qui allait être appelée à recueillir la grâce qu'on avait cru destinée à la Mère de Saint-Jérôme. A peine eut-elle appris le passage de la Mère Marie de l'Incarnation et le but de son lointain voyage, elle
4 Claude Martin, addition au ch, xvur, Ile partie, p. 383.
demanda avec instance à ses supérieurs la permission de s'unir à elle, ce qu'ils voulurent bien lui accorder. C'était une précieuse acquisition pour la Mission du Canada, car elle était douée des plus rares qualités. La Mère de l'Incarnation vit dans cet événement providentiel une attention délicate de son divin Époux, qui voulait ainsi la dédommager des regrets qu’elle avait éprouvés au sujet de la Mère de Saint-Jérôme.
Mais tandis qu'elle était tout à la joie de sa précieuse conquête, elle se vit tout à coup soumise à une nouvelle et bien rude épreuve. La Mère Marie de Saint-Joseph, sa chère fille en Jésus-Christ, qu'elle avait formée elle-même à la vie religieuse et amenée de Tours, se vit tout à coup, au dernier moment, brusquement arrêtée dans son voyage par ses parents qui, après avoir consenti d'abord à son départ, s'y opposaient maintenant d'une manière formelle et absolue. Voici ce qui s'était passé.
M. de la Rochelle, oncle de cette religieuse, ayant appris le prochain départ de sa nièce pour le Canada avait adressé des blâmes sévères à M. et à M"° de la Troche, en leur faisant observer que le Canada était, disait-on, « un pays perdu de réputation, à cause des personnes de mauvaise vie qu'on disait y avoir été envoyées pour le peupler. Ils ne savaient pas, ajoutait-il, le danger auquel ils exposaient leur fille en la laissant aller dans ce lieu d’anathème, et que quand il ne lui arriverait aucun accident fâcheux, le seul
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