‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 194 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE XI

bruit qu'ils auraient une fille en Canada serait une tache qui ternirait à jamais l’honneur de leur maison; qu'ils avaient été assurément surpris lorsque, pour tirer leur consentement, on avait coloré ce voyage du prétexte de la piété et de la gloire de Dieu. » Il terminait, en disant, « qu'à la vérité les affaires étaient déjà bien avancées, mais que leur fille était encore en France, et qu'il était encore aisé de la retenir, s'ils voulaient faire les diligences nécessaires!{ ».

Ces considérations étranges avaient fait une si vive impression sur l'esprit et le cœur de M. et de M"° de la Troche qu'ils s'’empressèrent d'envoyer des lettres pour révoquer toutes les permissions qu'ils avaient accordées, avec ordre d'arrêter leur fille en quelque lieu qu’elle fût, et de la ramener dans son monastère.

Il est impossible d'exprimer la peine de la Mère Marie de l’Incarnation à cette nouvelle. Après avoir supporté tant d'orages, surmonté tant de difficultés, elle se croyait enfin arrivée au terme des épreuves du départ, et voilà que tout à coup, au dernier moment, elle se sentait menacée de perdre celle qu'elle considérait à juste titre comme un des plus solides fondements de son futur monastère. Elle ne perdit point néanmoins courage. Selon son habitude en pareil cas, elle se hâta de se mettre en prière pour « gagner le cœur de Dieu », tandis que la Mère

. # Dom Claude Martin, addition au ch. xvur, Ile partie, p. 387.

Marie de Saint-Joseph écrivait à ses parents pour les rassurer, et détruire toutes les préventions si fausses qu'on avait fait naître dans leur esprit, au sujet du Canada.

Elle n’eut certes point de peine à le faire. Il lui fut facile de leur démontrer qu'ils avaient confondu le Canada avec l'Amérique méridionale; que c'était dans cette partie du nouveau monde que l’on avait envoyé les personnes dont ils parlaient, c’est-à-dire dans un pays distant de Québec de plus de huit cents lieues; mais que le Canada était, au contraire, colonisé par d'excellentes personnes et que la ferveur religieuse et la pureté des mœurs y étaient aussi grandes que chez les premiers chrétiens. Elle les suppliait en terminant de revenir sur leur nouvelle décision, qui se produisait lorsque les affaires étaient déjà beaucoup trop avancées. Elle leur montrait aussi la lourde responsabilité qu’ils assumeraient en s’opposant à sa vocation, par une trop aveugle confiance en des récits purement imaginaires.

Cette lettre était conçue en termes si sages, si forts et en même temps si respectueux, que M. et M": de la Troche en furent profondément touchés et furent enfin convaincus des erreurs de M. de la Rochelle, Ils donnèrent aussitôt l’ordre de surseoir aux recherches qu'ils avaient ordonnées, et prièrent le R. P. dom Raymond de Saint-Bernard, alors provincial des Feuillants , d'examiner en leur nom, avec toute la conscience possible, cette affaire et de leur en adresser un rapport exact et complet.

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