‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 197 sur 258 · DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE — CHAPITRE XI

on vint tout à coup annoncer que la femme du gouverneur de Dieppe venait elle-même en carrosse pour prendre nos chères voyageuses et les accompagner au port. Déjà toute la ville était debout pour assister à cet embarquement, au sujet duquel chacun se livrait à ses appréciations, plus ou moins justes, quelquefois étranges, souvent contradictoires. Le navire immobile, sur ses ancres, attendait, au milieu de la rade, le signal du départ. On raconte qu’au moment où nos religieuses, M": de la Peltrie et M. de Bernières, qui ne voulait les quitter que sur le vaisseau, prirent place dans la chaloupe qui devait les transporter à bord du navire, un religieux élevé en dignité, d’une grande piété et science, qui se trouvait dans la foule, fit entendre ces paroles : « La France ne sait pas la perte qu’elle fait en perdant la Mère de l’Incarnation. Si l’on connaissait sa sainteté et ce qu’elle est auprès de Dieu, il n’y a personne qui ne s’opposât à sa sortie, et qui ne fit son possible pour la retenir. »

Mais tels n'étaient pas les sentiments de notre vénérée Mère en ce moment si solennel : « Lorsque je mis le pied dans la chaloupe qui devait nous mener à la rade, il me sembla entrer en paradis, puisque je faisais le premier pas qui me mettait en état de risquer ma vie pour l’amour de celui qui me l'avait donnée. Je chantais en moi-même les miséricordes de Dieu, qui me conduisait avec tant d'amour au point que j'avais si longtemps désiré !, »

1 Dom Claude Martin, relation au ch. xvnr, p. 386.

En montant sur le navire, elle le considéra comme le sein de la divine Providence, se proposant d'y demeurer dans une tranquillité parfaite au milieu des périls de la mer, comme si elle était dans le sein même de Dieu.

Tout était prêt maintenant pour le départ. M. de Bernières, après avoir accompagné M"° de la Peltrie et nos Mtres sur le navire, achevait encore de leur procurer, autant que possible, tout ce qui pouvait leur être utile dans le voyage. Le signal du départ allait être donné, et cet ami dévoué ne pouvait s'arracher encore à leur compagnie et à leurs pieux entretiens. Cependant il fallait se dire adieu. Des devoirs impérieux , les nécessités mêmes de la Mission du Canada, retenaient en France ce saint homme, C’est lui qui devait expédier à nos Ursulines ce qui leur serait nécessaire, être leur correspondant et leur entremetteur dans la patrie française. Aussi, en disant adieu à ces chères âmes dont il avait été l’ange conducteur au milieu de tant de difficultés, il ne se sentait pas séparé d'elles, car il savait qu’il allait continuer à les servir en France, et qu'il serait pour toujours de la sorte intimement associé à leur apostolat. Cette considération fut, de part et d'autre, un adoucissement à l’amertume de la séparation.

Nous ne pouvons nous empêcher de rendre ici un pieux hommage à cet excellent serviteur de Dieu. Tout le monde sait, sans doute, qu’il s’est rendu illustre dans le monde par une infinité d'actions héroïques; mais nous ne craignons pas de dire que

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