DEUXIÉME PARTIE — CHAPITRE XI
et l'impatience de donner sa vie pour son Bien-Aimé. O ma chère Mère, que le maître de nos cœurs est puissant ! Si vous saviez ce qu'il opère en notre troupe canadoise, vous en béniriez mille fois sa bonté. Tout y est en feu, et pourtant il semble que ce feu se réduise en cendre et en humilité, tant chacune se voit bas dans l’abîme des miséricordes, M""° de la Ville-aux-Clercs fait don à notre établissement d’un beau tabernacle, d’un très beau voile de calice et d’un très grand nombre de fleurs de broderie pour charger un parement. C’est notre première bienfaitrice après vous, ma très chère Mère, qui serez toujours la première et la plus généreuse, puisque, sans parler de vos autres bienfaits, vous nous avez donné nous-mêmes. »
Le 4 mai 1639, jour à jamais mémorable, de grand matin, tout étant prêt dans le vaisseau frété par M"° de la Peltrie, nos ardentes missionnaires quittèrent le monastère des Ursulines et se dirigèrent vers l’Hôtel-Dieu. Il y avait dans cette maison trois religieuses qui devaient passer au Canada sur le vaisseau de M”° de la Peltrie. Elles allaient y fonder un monastère de leur ordre aux frais de M"° la duchesse d’Aiïguillon, qui s'était engagée à le doter. Ces trois sœurs hospitalières, unies aux trois religieuses Ursulines, ont formé, ainsi que nous l’avons déjà dit, le premier groupe de religieuses françaises qui aient quitté la France pour aller dans les missions. Elles furent la glorieuse avant-garde de cette innombrable armée qui, plus tard, sous l'inspiration
de saint Vincent de Paul et de tant d'autres fondateurs d'ordres, devait les suivre dans cette glorieuse et laborieuse voie. À ce titre, la date du 4 mai 1639 doit être marquée dans les annales de l'Église de France.
Mais que faisait notre vénérée Mère tandis que les derniers préparatifs du départ s’achevaient? Se voyant enfin au terme de ses plus ardents désirs, elle ne pouvait se lasser de bénir la divine Providence, et d'admirer ses voies souvent mystérieuses, toujours pleines de miséricorde et d'amour. Après avoir entendu la sainte messe avec ses compagnes, elle demeura longtemps prosternée devant le très saint Sacrement, dans le chœur de la chapelle des religieuses Hospitalières. Là, renouvelant l’offrande entière et absolue d'elle-même qu'elle avait si souvent faite à Dieu, elle voulut s'offrir à Lui d’une manière plus complète encore. « O Dieu, nous a-t-elle dit, qui pourrait dire ce qui se passa en cette donation et cet abandonnement de tout moi-même? » Puis elle ajoute, avec cette touchante simplicité qui lui était si ordinaire : « Je voyais que l'Esprit qui me conduisait rendait témoignage à ma conscience, que je n'avais jamais rien fait de si bon cœur, et d’ailleurs j'expérimentais que le sacré Verbe incarné, roi et monarque de toutes les nations, aimait et agréait ma donation!. »
Pendant ce pieux colloque avec Notre-Seigneur,
1 Dom Claude Martin, relation au ch. xvur, p. 885.
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