CHAPITRE I L'OCÉAN
Installation à bord du Saint-Joseph. — Apparition d'une flotte de pirates. — Nouveau péril bien plus grave. — Une montagne de glace errant sur les flots. — Vœu du Père Vimont. — Miraculeuse délivrance. — Sentiments de la vénérable Mère de l'Incarnation.— Le nouveau monde. — Entrée dangereuse du golfe de Saint-Laurent. — Arrivée à Cadoussac et première entrevue avec les sauvages. — Arrivée à Québec. — Fêtes et réjouissances publiques. — Touchant accueil du gouverneur de la colonie, M. de Montmagny.
Periculis in mari.
J'ai été exposé aux périls de la mer, (II Cor., xt, 26.)
Le vaisseau qui emportait les généreuses filles de sainte Angèle vers les rivages du Canada était un des meilleurs de la Compagnie des associés de la Nouvelle - France. Au moment de son départ de Dieppe, il était précédé d’un autre petit navire, qui portait la plus grande partie des bagages et devait
marcher de conserve avec lui. *
Le capitaine, dont notre Mère nous a donné le nom, M. Bontemps, avait eu l’obligeance de céder à M”° de la Peltrie et à ses compagnes son appartement, qui se composait d'une seule pièce assez vaste, où la petite colonie religieuse prenait ses repas. Cette pièce servait aussi durant la journée de lieu de réunion, et à certains moments de chapelle. C'était merveille de voir avec quelle fidélité on y observait le règlement parfait d’une communauté. A l'heure marquée par la récitation de l'office, les Ursulines d’un côté, les Hopitalières de l’autre alternaient pieusement les psaumes et les heures canoniales.
Ce même navire portait encore le R. P. Vimont, jésuite, qui venait d'être nommé tout récemment supérieur général des Missions du Canada, en rem- ‘placement du R. P. Lejeune.
Les premières heures de la traversée furent des plus heureuses. La mer paraissait tout étincelante ‘sous les feux d'un beau soleil de printémps. Les côtes de France, enveloppées de vapeurs légères, fuyaient rapidement à l'arrière du vaisseau. Déjà on ne les apercevait presque plus à l'horizon. Les ombres de la nuit commençaient à descendre lentement sur l’immensité de l'Océan, lorsque la crainte d'un premier péril vint tout à coup inquiéter le commandant du navire. Il crut apercevoir au loin, du côté du midi, une voile dont il ne pouvait discerner le caractère et la nationalité, Était-ce un navire de commerce appartenant à quelque nation chrétienne, ou bien une de ces embarcations de
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