‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 203 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE

entassement de pyramides cyclopéennes, de tours massives, de cathédrales ouvragées avec un art inouï, de blanches colonnades d’une légèreté aérienne se profilant hardiment vers la nue. On dirait les débris, s'en allant à la dérive, de quelque superbe Babylone d'outre-monde écroulée soudain dans nos océans. Et tout cela passe au loin avec des miroitements étranges, de grandes ombres fantastiques courant, sous le jeu de la lumière, des cimes jusqu'aux bases, « Une bourrasque, dans ces parages, ne s’oublie plus. Les vents du large accourent terribles, s’engouffrant dans l’étroite impasse avec des sifflements de fournaise en ébullition. Ni terre ni ciel, mais de longues traînées de brouillard tournoyant, s’entrecroisant dans l’aquilon. La mer bouillonne et fait rage. Parfois des détonations retentissent, dominant la clameur des éléments déchaînés et produisant par tout l’espace comme un horrible froissement de choses géantes qui luttent et s'abiment daus les profondeurs; ce sont les icebergs qui s’entrechoquent. » Le Saint-Joseph n'eut pas, il est vrai, à essuyer dans ces redoutables parages une pareille tempête, ni à craindre la réapparition des énormes banquises qui encombrent ce détroit à la fin de l'hiver, car on était déjà en plein été; mais le golfe de Saint-Laurent lui réservait des périls d’un autre genre. La mer y est comme parsemée en certains endroits de récifs, dont quelques-uns émergent à peine des eaux, tandis que d’autres y sont cachés à une très petite profondeur. Le navire arriva auprès de ces écueils redou-

tables vers le soir, et par un temps de brume épaisse, La situation devenait de moment en moment des plus périlleuses. Il fallut louvoyer pendant toute la nuit, et plusieurs jours encore, avec les plus extrêmes précautions, au milieu de tant de perfides dangers, Enfin on vint à bout, avec l'aide de Dieu, de toutes ces difficultés, et le 15 juillet on pnt jeter l'ancre dans le port de Cadoussac, où abordaient alors tous les navires en destination pour la Nouvelle-France, Ce n’était pas tout à fait, il est vrai, le terme du voyage; mais enfin c'était déjà le commencement de la terre canadienne.

M": de la Peltrie, la Mère de l'Incarnation et leurs pieuses compagnes s’empressèrent de mettre pied à terre. En débarquant, elles rencontrèrent pour la première fois les sauvages qu’elles venaient évangéliser, Il est facile de comprendre combien leur émotion fut grande à leur aspect. « De leur côté, ces pauvres gens, raconte notre vénérée Mère, qui n'avaient jamais vu de personnes faites comme nous, étaient tout surpris, et lorsqu'on leur disait que nous étions des filles de capitaines (car il fallait leur parler à la mode de leur pays), qui pour l'amour d'eux avions quitté notre pays, nos parents et toutes les délices de la France, ils étaient ravis d’étonnement; et encore plus lorsqu'on leur disait que c'était pour instruire leurs filles, afin qu’elles ne fussent pas brûlées dans les feux de l'enfer, Ils ne pouvaient comprendre comment cela se pouvait faire, et, pour voir ce qui en arriverait, ils nous suivirent par terre

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