TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE
rent en actions de grâces de leur heureuse arrivée. « Agenouillée près de la balustrade, au milieu de ses sœurs, la Mère de l’Incarnation demeura longtemps plongée dans un saint ravissement, répandant son âme en cantiques d’allégresse aux pieds du Seigneur, qui avait enfin mis le comble à tous s2s désirs.
« Jouissez de votre bonheur, à vénérable Mère ! car vous voilà parvenue, après tant de soupirs, au sein de votre nouvelle patrie! Vous voilà en possession de cette terre que le Ciel vous a donnée en partage, comme autrefois la terre de Chanaan au patriarche Jacob ! Vous l’arroserez de vos sueurs, vous la fertiliserez de vos travaux, Vous y sèmerez dans les larmes ; mais aussi vous y moissonnerez dans la joie, car vos enfants y croîtront et y multiplieront comme les étoiles du firmament, Et quand, pleine de jours et de mérites, vous irez recueillir votre couronne immortelle, c’est d'ici que votre âme s’envolera au sein de la gloire !. »
Cette grande journée du 1° août 1639, qui s'était commencée dans la joie, se termina dans les fêtes publiques. Depuis le matin jusqu'au soir, ce ne furent que réjouissances, réunions de familles et d'amis, ovations de toutes sortes aux nouvelles venues, M. de Montmagny voulut les avoir à déjeuner à sa table, en compagnie des principaux habitants de Québec. Vers le soir, il les conduisit lui-même, accompagné de toute la population fran-
1 L'abbé Casgrain, Histoire de la Mère Marie de l’Incarnation, \ Ille époque, ch. 11, p. 311 et suiv,
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çaise, à leur habitation respective : les religieuses hospitalières, dans une maison voisine du fort Saint- Louis, dans la haute ville; les Ursulines, dans une petite maison située sur les bords du fleuve, dans la basse ville, non loin du lieu où fut élevée plus tard l’église de Notre-Dame-des-Victoires. C'était une très pauvre maison, qui ressemblait, sous plus d'un rapport, à l’humble étable où naquit le Sauveur du monde.
« Notre logement était si petit, dit un vieux récit, que dans une chambre de seize pieds carrés étaient notre chœur, notre parloir, nos cellules et notre réfectoire, et dans une autre petite salle était la classe pour les Françaises et les filles sauvages. Pour la chapelle, la sacristie extérieure et la cuisine, nous fimes faire une galerie en forme d’appentis. » « Je dirai, écrivait plus tard notre Mère de l’Incarnation, comment nous pouvons tenir tant de personnes en un si petit lieu. L’extrémité des chambres est divisée en cabanes faites d’ais de pin : un lit est près de terre, et l’autre est comme au plafond, en sorte qu’il y faut monter avec une échelle, » Et dans une autre lettre : « Nous voyons à travers le toit reluire les étoiles durant la nuit, et à peine y peuton tenir une chandelle à cause du vent. »
Tel fut le lieu où prit naissance sur la terre canadienne l’ordre des Ursulines, qui devait un jour, comme un grand chêne, la couvrir de son ombre bienfaisante, et abriter un si grand nombre de ses enfants, comme autant de douces colomhes, dans ses puissants et verdoyants rameaux.
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