TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE II
qu'était réservé l'honneur d’être plus tard le père et le fondateur de la colonie canadienne. Il aborda sur les rivages du Canada en 1608, plus de soixantedix ans après la découverte de cette partie de l’Amérique, Digne émule de Jacques Cartier, son frère par
la foi, le courage, l'intelligence et le dévouement à la France, Champlain, plus heureux que lui, put réaliser les rêves et les espérances de son illustre devancier. Il sut appeler et grouper, sur le sol encore inhospitalier du Canada, les éléments d’une colonie modèle. Joignant lui-même, en sa personne, type achevé de vrai chevalier chrétien et français, les vertus d’un anachorète à toute la vaillance d’un grand héros, il parvint à former un peuple à son image. Le fort qu'il avait fait construire sur le promontoire de Québec, pour mettre à l'abri les premiers colons des incursions et de la férocité des tribus sauvages, et qui fut vraiment le berceau de la nation canadienne, paraissait, dit un ancien chroniqueur, « une académie bien réglée, » tant la discipline y était sévère, et à la fois tempérée par le respect et la charité que la religion inspire, « Les exactions, les tromperies, les vols, les rapts, les assassinats, les perfidies, les inimitiés, les malices noires, ne se voient ici qu’une fois l’an, ajoute le même chroniqueur, sur les papiers et sur les gazettes que quelques-uns apportent de l’ancienne France.
« À l'exemple de leur chef, tous menaient la conduite la plus édifiante, et s’approchaient réguliè-
rement des sacrements de l'Église, Pour rappeler plus souvent à chacun la pensée du ciel, Champlain établit la coutume si pieuse et si touchante, conservée jusqu’à nous, de sonner l'Angélus trois fois par jour. L'intérieur du fort ressemblait plus à une communauté religieuse qu'à une garnison. La lecture se faisait régulièrement à chaque repas : au diner, on lisait quelque livre d'histoire ; au souper, c’était la Vie des saints. Une douce et franche gaieté assaisonnait les moments de loisir ; et, chaque soir, le vénérable patriarche de la colonie rassemblait tous ses enfants dans ses appartements pour réciter la prière en commun et faire l'examen de conscience.
« Telle était la vie des premiers colons. L'Église, dont la jeunesse se renouvelle comme celle de l'aigle, ramenait ici l’âge d’or de ses années primitives!, »
L'illustre Champlain, mort en 1635, avait été remplacé par M. de Montmagny, qui semblait avoir hérité de ses éminentes qualités, mais surtout de sa foi. On raconte qu'en mettant pour la première fois le pied sur le sol de la Nouvelle-France, il voulut donner une preuve publique et authentique de sa dévotion et de sa piété. On le vit s’agenouiller dévotement, lui et toute sa suite, devant
une croix qu'on avait érigée sur le chemin qui conduisait du port de Québec à la ville. Il ne faisait, du reste, en cela que suivre les traditions de la France au Canada. La croix y avait été, nous l’avons
1 L'abbé Casgrain, Histoire de la Mère de l’Incarnation, Introduction.
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