TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE II
Dieu et d’honorer la France, Le précieux concours des saintes religieuses conduites par notre Mère de l’Incarnation et M"° de la Peltrie vint d’ailleurs contribuer beaucoup à leur faciliter ce grand œuvre. La sanctification et l'éducation de la femme ne sontelles pas, en effet, les principaux éléments de véritable civilisation et de salut d’un pays, de même que sa dépravation est toujours la cause certaine de sa ruine ?
Dès le lendemain de leur arrivée, les Hospitalières et les Ursulines furent menées à Sillery pour y visiter les familles algonquines « sédentaires! » que les révérends Pères jésuites y avaient établies depuis environ deux ans. Écoutons le récit que nous a laissé le R. P. le Jeune, au sujet de cette première visite :
« Le lendemain, on mena les religieuses à la résidence de Sillery, où se retirent les sauvages. Quand elles virent ces pauvres gens assemblés à la chapelle, faire leurs prières et chanter les articles de notre croyance, elles avaient beau se cacher, leur joie se trouvait trop resserrée dans leur cœur, les larmes leur coulaient des yeux. Au sortir de là, elles visitèrent les familles arrêtées et les cabanes voisines. M":° de la Peltrie, qui conduisait la bande, ne rencontrait petite fille sauvage qu’elle ne l'embrassât et ne la baisât, avec des signes d'amour si doux et si
1 On appelait ainsi les sauvages qui demeuraient dans un lieu déterminé, par opposition à ceux qui vivaient dans les bois et les forêts des produits -de leurs chasses.
forts, que ces pauvres barbares en restaient d'autant plus étonnés et plus édifiés, qu'ils sont froids en leurs rencontres ; toutes ces bonnes religieuses en faisaient autant, sans prendre garde si ces petites étaient sales ou non, ni sans demander si c'était la coutume du pays.
« On fait mettre la main à l’œuvre aux Pères nouvellement arrivés ; on leur fait baptiser quelques sauvages. M"° de la Peltrie est déjà marraine de plusieurs !. »
La vénérable Mère de l’Incarnation emmena avec elle, de Sillery à la petite maison qu’elle occupait avec M°° de la Peltrie et ses religieuses, six petites filles sauvages qui lui furent confiées par les révérends Pères jésuites, et qui furent les prémices de la nombreuse phalange de jeunes filles qui sont venues depuis plus de deux cents ans s’enrôler, au Canada, sous la bannière de sainte Ursule. On leur adjoignit bientôt toutes les jeunes enfants, tant françaises que sauvages, que l'on put trouver; de sorte que dès les premiers jours le nombre des élèves commença déjà à être assez considérable.
Nous avons déjà parlé du trop modeste réduit dans lequel cette nouvelle famille de Sainte-Ursule se trouvait en quelque sorte entassée; mais notre vénérée Mère va nous apprendre quelques-uns des charmes nouveaux ajoutés à l’incommodité des lieux par un grand nombre des nouvelles élèves. « La
1 Les Ursulines de Québec, t. Ier, p. 26, 27.
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