TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE II
saleté des filles sauvages, dit-elle, qui n'étaient pas encore formées à la propreté des Françaises, nous faisait trouver tous les jours des cheveux, des charbons et autres ordures dans notre pot, et quelquefois on trouvait un vieux soulier dans la marmite, ce qui pourtant ne nous donnait pas trop de dégoût !, »
C'était là cependant, d'après un témoignage authentique, la demeure que ces admirables épouses de Jésus-Christ appelaient leur « Louvre », et où elles se trouvaient plus heureuses qu'elles ne l’eussent été sous les lambris dorés des palais des rois, parce que, disaient-elles ingénument, « nous avons avec nous les trésors que nous étions venues chercher: nos chères néophytes. » Le charitable et dévoué Père le Jeune, qui se rendait tous les jours à leur maison pour leur enseigner les langues sauvages, ne parle qu'avec admiration de « ce petit séjour de bonheur. » « Je vous laisse à penser, dit-il, combien sont grandes les incommodités qui proviennent d’un lieu si retréci; mais je puis dire que la joie que nos Ursulines reçoivent essuie tellement leurs ennuis, que leur esprit ne ressent rien de cette prison. » Qu'il sont touchants, en effet, les détails de leurs travaux et de leur ingénieuse charité envers les sauvages, pendant les trois. années qu'elles passèrent dans cette étroite enceinte !
Ces sauvages, qui habitaient alors Québec et ses
‘ Les Ursulines de Québec depuis leur établissement jusqu’à nos jours, t. Ier, p. 28.
2 Id., ibid,
environs, étaient pour la plupart des Algonquins, dont les terres de chasse étaient au nord du grand fleuve, du Saguenay à l'Outaouais. Il y avait aussi des Hurons: de là la nécessité d'étudier les langues de ces deux tribus à la fois, Notre Mère Marie de l'Incarnation se mit à l'étude de la langue des Algonquins, tandis que la Mère de Saint-Joseph et la Mère Sainte-Croix étudièrent spécialement celle des Hurons, les unes et les autres, sous la direction de leur infatigable instituteur; et tels furent leur ardeur et leur succès, qu'en moins de deux mois on les jugea capables d'enseigner la doctrine chrétienne aux pauvres enfants des bois. « Je n'eusse jamais osé avoir seulement la pensée de pouvoir parvenir à enseigner nos chers néophytes, écrivait notre vénérée Mère, et néanmoins notre bon Maître me donne de la facilité à le faire en leur langue. Je vous avoue qu'il y a bien des épines à apprendre un langage si contraire au nôtre, et pourtant on se rit de moi quand je dis qu’il y a de la peine; car on me représente que si la peine était si grande, je n’y aurais pas tant de facilité. Mais, croyez-moi, le désir de parler fait beaucoup : je voudrais faire sortir mon cœur par ma langue, pour dire à mes chers néophytes ce qu'il sent de l'amour de Dieu et de Jésus notre bon Maître !. »
Toutefois l'épreuve, qui est ici-bas le partage des élus, ne tarda pas à venir visiter la maison nouvelle. Dès la fin du mois d’août de cette année 1639, la
1 Les Ursulines de Québec, t. Ier, p. 29.
ATION
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