‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 213 sur 258 · TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE II

s'y sont joints; tout cela nous a tirées de la nécessité où nous étions d'employer nos tours de lits à faire des habits à nos filles, selon la résolution que nous avions prise. Voilà donc ce que la divine Providence fait pour ses enfants, et je vous assure qu'elle a pour nous un soin tout particulier. Les habitants de Québec nous donnent des légumes et autres semblables rafraiïchissements, en sorte que nous sommes trop à notre aise. Nous avons passé cet hiver aussi doucement qu'en France, et quoique nous soyons pressées dans un petit trou où il n’y a point d’air, nous n'y avons point été malades, et jamais je ne me sentis si forte. Si en France on ne mangeait que du lard et du poisson salé comme nous faisons ici, on serait malade et on n'aurait point de voix ; nous nous portons fort bien et nous chantons mieux qu’on ne fait en France. L'air est excellent; aussi est-ce un paradis terrestre, où les croix et les épines naissent si amoureusement, que, plus on est piqué, plus le cœur est rempli de douceur. »

Ce qui augmentait encore les difficultés des débuts des vaillantes Ursulines, c'est qu’elles ne purent, pendant trois ans, se procurer le secours d'aucune bonne sœur converse. M'° Barré, il est vrai, qui était attachée au service de M"° de la Peltrie, se dévouait de son mieux aux soins de la maison et des petites sauvages. Avec elle, et avec non moins de zèle, M"° de la Peltrie elle-même prenait une

1 Les Ursulines de Québec, p. 33 et suiv.

large part aux travaux domestiques, balayant la maison, faisant la cuisine, lavant la vaisselle, etc. Mais ces généreux dévouements ne pouvaient répondre à toutes les nécessités, et nos Ursulines étaient obligées de se multiplier sans cesse. Toutefois aucune d’entre elles ne surpassait en ardeur et en zèle M"° de la Peltrie. C'était surtout à peigner et à nettoyer les filles sauvages qu'on la voyait se livrer avec plaisir. « Quand on nous les donne, disait la Mère de l’Incarnation, il faut les laver depuis la tête jusqu'aux pieds, à cause de la graisse dont leurs parents les oignent par tout le corps; et quelque diligence qu’on fasse, et quoiqu’on les change souvent de linge et d’habits, on ne peut de longtemps les épuiser de la vermine. Une sœur emploic une partie du jour à cela. C’est un office que chacune ambitionne avec empressement ; celle qui l'emporte s’estime riche d’un si heureux sort, celles qui en sont privées s’en estiment indignes et demeurent dans l'humilité. Madame notre fondatrice l’a exercé presque toute l’année ; aujourd’hui c'est la Mère Marie de Saint-Joseph qui jouit de ce bonheur. »

Cependant les petites fêtes de famille ne manquaient pas en ce séjour de dévouement et de sacrifices. On y donnait souvent aux chères enfants de la forêt de petits régals dont le menu nous en a même été conservé. « Pour en traiter splendidement

1 Les Ursulines de Québec, p. 33, 34.

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