TROISIÈME PARTIE — CHAPITRE Il
nous aider à nous bâtir une maison proche des sauvages, comme nous en avons le dessein, nous en aurons une grande quantité. Il nous tarde que cette heure soit venue, pour pouvoir faire plus parfaitement les choses pour lesquelles Notre-Seigneur nous a envoyées dans ce bienheureux pays. Madame notre fondatrice est toute pleine de bonne volonté pour nous et pour nous bâtir un monastère; mais ses parents ne lui permettent pas d'agir selon l'étendue de son zèle. Pou: l'amour de Jésus-Christ que vous aimez, Mada:ue, rendez-vous la médiatrice des pauvres filles sauvages. Un grand nombre va se perdre si nous ne les retirons de ce malheur ; et nous ne le pouvons faire à cause de notre impuissance, tant du vivre que du logement.
« On parle de nous donner deux filles huronnes, avec deux Algonquines, outre dix-huit dont notre séminaire a été rempli, sans parler des filles externes qui y viennent continuellement. Je vous dirai, Madame, que l’on ne croira que difficiiement en France les bénédictions que Dieu verse sur ce petit séminaire. Sans parler des femmes et des filles sauvages qui ont permission d'entrer au lieu destiné à l'instruction des Français et des séminaristes, les hommes nous visitent au parloir, où nous tâchons de leur faire la même charité qu'à leurs femmes; et ce nous est une consolation bien sensible de nous Ôter le pain de la bouche pour le donner à ces pauvres gens, afin de leur inspirer l'amour de Notre- Seigneur, Après l'instruction et les prières, nous leur
faisons festin à leur mode. La faim qu'ils ont est l'horloge qui fait juger de l'heure du repas, de sorte que, disposant à manger pour nos séminaristes, il faut aussi penser à ceux qui doivent survenir. Cela se fait particulièrement l’hiver, lorsque les vieilles gens ne peuvent suivre les sauvages à la chasse; car, si l’on n'avait soin d'eux en ce temps-là, ils mourraient de faim dans les cabanes. Dieu nous a fait la grâce de les pouvoir assister ainsi jusqu’au printemps, et ce nous sera une singulière consolation de pouvoir continuer à le faire avec le secours des personnes charitables de France, sans lesquelles cela nous sera absoiuiuent impossible. Je vous en assure, Madame, cette dépense n’est pas croyable. Nous avions apporté des habits pour deux ans; tout a été employé dès cette année, de sorte même que, n'ayant plus de quoi les véêtir, nous avons été obligées de leur donner une partie des nôtres. »
Et dans une autre lettre de cette même année, notre vénérable Mère disait encore : « Je pensais que, cette année, nous manquerions de tout, à cause de notre extrême pauvreté ; mais M. Marchand ! nous a envoyé de quoi vêtir nos séminaristes, un ciboire, et des outils pour le travail. Les bonnes Mères de la Visitation de Paris nous ont envoyé un présent de la valeur de plus de deux cent cinquante livres ; nos chères Mères de Tours et de Loches nous ont fait une bonne aumône; nos amis de Tours
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