JUSTIFICATION DE CETTE EXPRESSION D'APRÈS LES DOCTEURS
Cette expression ne doit point étonner. La sainte Écriture et les Pères de l'Église s'en sont souvent servis pour marquer l'union qui existe entre Dieu et l'âme. C'est donc avec juste raison que les auteurs mystiques l'emploient à leur tour pour exprimer l’état d'une âme élevée au plus haut degré d'union mystique où elle puisse arriver en cette vie, non moins que la nature des rapports qui existent entre Dieu et cette âme en quelque sorte divinisée. Voici ce que dit à cet égard le R. P. Meynard, des Frères Prêcheurs, dans son beau Traité de la vie intérieure : « L'amour de Dieu pour l'âme et l'amour de l'âme pour Dieu, d’après la pensée de saint Thomas, surpasse l'amour réciproque de l'époux et de l'épouse, autant que la réalité surpasse le signe qui le représente. « Car c’est un grand sacrement, » et moi je dis c’est un grand sacrement entre Dieu et l'âme. C’est une chose évidente. Le mariage procure trois biens : la foi, l'indissolubilité et la postérité; dans le mariage spirituel la foi est plus inviolable, l'indissolubilité plus grande, et la postérité plus utile. La foi de Dieu pour l'âme est plus inviolable. On lit dans Osée, c. n : « Je vous unirai à moi dans la « foi, » et dans le livre des Cantiques, c.n: « Mon Bien- « Aimé est à moi, et moi à lui. » D eu est plus fidèle que
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l'époux le plus fidèle... Mais vous objecterez : L'âme n'est pas la seule épouse d’un seul, puisqu'il est écrit : « Vous « aimez les âmes, » comme s’il n’y en avait qu'une seule, bin qu'elles soient plusieurs. N'est-il pas aussi écrit aux Actes des Apôtres, c. 1v : « La multitude des croyants « n'avait qu'un cœur et qu’une âme. » L'époux n'aime-t-il pas uniquement son épouse, parce qu'il aime en elle différentes choses qui lui plaisent ? C’est ainsi que Dieu t'aime, Ô mon âme! tout entier, il t'aime toute entière; il ne t'aime pas moins parce qu'il en aime d’autres avec toi. — L'indissolubilité est aussi plus grande. L'époux et l'épouse selon la nature sont inséparables pendant qu'ils vivent, mais la mort viendra les séparer. Entre toi et Dieu, Ô mon âme, le mariage qui a été commencé au baptême, ratifié par une sainte vie, consommé dans le ciel, ce mariage, dis-je, ne peut être rompu par la mort. « Qui nous séparera de la charité de Jésus-Christ? » dit l’Apôtre ‘. Ce qui suit convient admirablement à l'âme qui jouit de l'union parfaite et consommée : « Je suis « sûr que ni la mort, ni la vie, etc., ne pourront me « séparer de la charité qui est en Jésus-Christ. » — La postérité est ici plus utile et plus nombreuse; je veux parler des bonnes œuvres. Dieu féconde l'âme par la grâce. La postérité vient de deux êtres qui sont unis : la postérité des bonnes œuvres ne vient pas de la grâce seule, ni du libre arbitre seul; mais elle découle du libre arbitre ou de la bonne volonté, principe matériel et incomplet, et de la grâce divine, principe complet et formel, et par conséquent principal. Cette utile postérité ne donne pas la mort à sa mère, mais elle lui procure la vie éternelle. S'il y a quelquefois de la douleur, elle se change en joie et en gloire. »
On nous saura gré de citer la réponse du même auteur
1 Rom., viu.
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à la question suivante : « Quelle différence y a-t-il entre l'union des fiançailles et l'union du mariage spirituel? »
« Nous l'avons vu dans la réponse précédente, il y a trois grands biens dans le mariage spirituel : la fidélité, l'indissolubilité et le fruit des bonnes œuvres. D'après sainte Thérèse, l'union des fiançailles diffère de l'union du mariage spirituel sur ces trois points : « Malgré sa majesté infinie, dit-elle, Dieu daigne s'unir de telle sorte à une faible créature, qu'à l'exemple de ceux que le sacrement de mariage unit d'un lien indissoluble, il ne veut plus se séparer d'elle. Les simples fiançailles ne jouissent pas de ce privilège; l'union qu’elles forment entre l'âme et Dieu n'est point permanente. Cette faveur du divin Maître passe en très peu de temps, et l’âme se trouve ensuite sans cette heureuse compagnie, je veux dire qu'elle n'en a plus le sentiment ; tandis que dans le mariage spirituel, demeurant toujours avec Dieu, dans ce centre dont j'ai parlé, elle n'est jamais privée de sa compagnie. L'union des fiançailles spirituelles peut se comparer à celle de deux flambeaux tellement rapprochés qu'ils ne donnent qu’une seule lumière, mais qui peuvent être séparés l'un de l'autre. L'union du mariage spirituel est plus intime : c'est comme l’eau qui, tombant du ciel dans une rivière ou une fontaine, s’y confond tellement, qu'on ne peut plus séparer une eau de l’autre. Peut-être saint Paul, par ces paroles : Celui qui s'attache à Dieu est un même esprit avec lui, entendait-il parler de cet admirable mariage qui unit inséparablement l'âme à son Dieu. L'âme comprend mieux encore, par les effets, qu'elle ne vit plus qu’en son céleste Époux. »
Le mariage spirituel surpasse donc l'union des fiançailles en intensité, en durée et en fruits de sainteté et de suavité.
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NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR MARIE DE LA TROCHE -SAVONNIÈRE, EN RELIGION MÈRE MARIE DE SAINT-JOSEPH, EXTRAITE DE L'HISTOIRE DE LA MÈRE DE L'INCARNATION , PAR M. L'ABBÉ CASGRAIN
Marie de la Troche-Savonnière était née le 7 septembre 1616, au château de Saint-Germain, en Anjou, d'une noble et ancienne famille du pays. M. de la Troche, seigneur de Savonnière et de Saint-Germain, son père, avait épousé Jeanne Raoul, de noble maison comme lui, et comme lui pieuse et riche de mérites devant Dieu et
devant les hommes.
Dès l'instant de sa naissance, la jeune enfant passa, pour ainsi dire, des bras de sa mère dans les bras de Marie; car à peine avait-elle vu le jour que cette mère chrétienne, la saisissant entre ses mains et l’élevant vers le ciel, la consacra à la sainte Vierge et choisit Marie pour sa patronne. Dès lors la divine Vierge la regarda d’un œil d'élection et d'amour; bientôt on vit se manifester en elle une raison précoce accompagnée d'une profonde piété, d'une tendre dévotion envers Marie et d’une pureté d'âme exquise, qui se faisaient jour à travers ses actions enfantines. À ces caractères distinctifs des élus de Dieu se joignait une ardente charité envers les pauvres.
Dans une des tourelles du château habitait un vieillard pauvre et infirme, que M. et M"° de la Troche avaient recueilli par charité. Souvent, à l'heure des repas, la jeune
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A l’âge de huit ans, M'° de la Troche fut placée au pensionnat des Ursulines de Tours, où la grâce de ses manières, la vivacité de son esprit et surtout son angélique piété lui gagnèrent bientôt le cœur de ses compagnes, et lui firent prendre sur elles, à son insu, cet ascendant que donne la supériorité, même parmi les enfants. Douée d'une intelligence exceptionnelle, elle les eut bientôt toutes surpassées, et fut même chargée d’une certaine surveillance dans la classe; mais elle s'’acquittait de cette tâche délicate avec une si charmante aménité, une modestie si candide et si ingénue, que ses jeunes disciples, loin de la jalouser, se plaisaient à l'appeler leur petite maîtresse.
Vers l’âge de douze ans, elle fit une grave maladie qui obligea ses parents de la retirer du couvent, pour lui faire respirer l'air natal. Ce fut alors qu'ils purent apprécier mieux que jamais quel précieux joyau le Ciel avait placé sous leur garde. Ils ne pouvaient assez remercier Dieu des heureux fruits qu'une sainte éducation avait développés dans son esprit et dans son cœur.
Dès qu'elle fut rétablie, elle exprima le désir de retourner à Tours, afin d’y embrasser la vie religieuse. Ses parents,
qui l'idolâtraient, eurent beaucoup de peine à la laisser partir; mais comme ils étaient profondément chrétiens, et qu'ils craignaient de s'opposer à la volonté de Dieu, ils lui donnèrent enfin leur consentement. La violence qu'elle se fit en cette occasion fut extrême; car elle était d’une grande sensibilité, et avait pour ses parents l'affection la plus tendre. Sa mère, de son côté, ne se sentant pas le courage de la reconduire, pria une de ses parentes de lui épargner ce sacrifice trop douloureux pour elle, en allant la remettre elle-même entre les mains de la supérieure des Ursulines. C’est toujours un spectacle touchant que de voir ainsi la nature aux prises avec la grâce, lorsque celle-ci finit par être victorieuse; car la violence de la lutte donne plus de prix à la victoire; et, en voyant tant de courage et de constance en des natures frêles et délicates, on se sent animé soi-même au combat par leur exemple, et l'on n'ose plus désespérer de son propre cœur.
Dès que M": de la Troche fut entrée chez les Ursulines, elle demanda qu'on l'admit au noviciat; elle le fit avec tant d'instances, que, bien qu'elle n’eût ni l’âge ni la santé nécessaires, on la reçut, mais à la condition qu'elle en sortirait dès que ses parents en manifesteraient le désir.
Après bien des délais et des résistances, ils consentirent enfin à lui laisser suivre sa vocation. Elle eut aussi de cruelles luttes à soutenir contre les tristesses et les défaillances de son propre cœur, qui la faisait parfois incliner vers laterre; mais elle triompha, avec un courage héroïque, de ses tendresses filiales, et marcha d'un pas ferme vers l'autel du sacrifice.
Enfin le jour de sa vêture arriva; l'esprit de ténèbres profita de cette dernière occasion pour lui livrer un suprême assaut. Sa mère, après l'avoir, selon la coutume, revêtue de la robe des fiancées, voulut l’'embrasser une dernière fois, avant de la conduire à la grille et de s'en séparer
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pour jamais; mais alors toute sa tendresse maternelle se réveilla ; elle la saisit entre ses bras, et, le cœur navré de douleur, elle demeura longtemps sans pouvoir proférer une parole, jusqu'à ce qu'une défaillance vint dénouer cette douloureuse étreinte. M. de la Troche, pâle et sans voix, fut obligé d'aller conduire sa fille à la porte de clôture, où les religieuses la reçurent et accompagnèrent de leurs chants son noble sacrifice. Les assistants ne pouvaient retenir leurs larmes à la vue d’une résolution si ferme dans un âge si tendre. « Elle m'a avoué depuis, dit la Mère de l'Incarnation, que cette attaque lui fut plus rude et plus sensible que toutes les autres. » Mais si elle ne fut pas alors ébranlée, c'est que cette bienheureuse Mère, qui du premier coup d'œil avait deviné en elle la plus généreuse de toutes ses disciples, lui avait tendu sa forte main, et l'avait déjà entraînée bien loin vers ces hauteurs de la perfection dont elle lui avait montré les cimes infinies.
Dès l'origine de sa vocation à la vie monastique, la Mère Marie de Saint-Bernard avait senti naître en elle un vif désir du salut des âmes. La lecture des Relations de la Nouvelle-France, qui circulèrent dans la communauté peu de temps après, fournit un nouvel aliment à cette flamme apostolique; mais l'impossibilité où elle se voyait de ne pouvoir jamais réaliser ces désirs extraordinaires les lui fit d’abord envisager comme de vaines chimères de son imagination. Elle en fit part cependant à sa bien-aimée confidente, la Mère de l'Incarnation, à qui elle n'avait jamais caché le moindre secret de son âme. La Mère de l'Incarnation y reconnut la vocation divine; mais ce ne fut qu'aux premières démarches de M"° de la Peltrie que toutes deux comprirent parfaitement le but et le sens de ces aspirations, dont elles n'avaient jamais osé espérer l'accomplissement.
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TROIS RELIGIEUSES FORMÉES A LA PRATIQUE DES VERTUS RELIGIEUSES PAR LA VÉNÉRAPLE MÈRE MARIE DE L'INCARNATION, PENDANT SON SÉJOUR AU MONASTÈRE DE TOURS : MÈRE MARIE DE LA NATIVITÉ, MÈRE ANGÉLIQUE DE LA CONCEPTION ET SŒUR PERRINE DE SAINTE= CLAIRE,
La Mère Marie de la Nativité était issue de l'illustre famille des Béruries, une des plus considérables de la Touraine. On eût dit que la nature et la grâce se fussent ensemble concertées pour lui prodiguer, dès l’âge le plus tendre, leurs dons les plus précieux. C'était une ravissante enfant que le regard des créatures ne se lassait pas d'admirer, et dont Dieu lui-même, ce semble, était jaloux. Ayant assisté un jour, à l’âge de sept ans, à une cérémonie de mariage, elle fut laissée par mégarde dans l’église, après le départ des époux et de leurs témoins, et elle s’y laissa enfermer. Ravie de se trouver toute seule dans le lieu saint, elle courut se prosterner au pied de l’autel de la très sainte Vierge, et, prenant à témoin l'auguste Mère de Dieu de ce qu'elle allait dire, elle promit à Jésus de n'avoir d'autre époux que lui.
Quand elle fut arrivée à l’âge ordinaire du mariage, elle fut recherchée, dit-on, par les plus beaux part. Mais cette pieuse enfant, qui ne soupir puis longtemps que vers le cloître, obtint, après des instances auprès de ses religieux parents, la fa, «ur d'y entrer. Ce fut le 12 mars de l’année 1633, qu'elle fut admise dans le monastère des Ursulines de Tours. On ne tarda pas à lui donner le saint habit, à cause de ses saintes dispositions. S'étant trouvée, pendant son noviciat, particulièrement
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