‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 223 sur 258 · JE SAINTE · texte numérisé non relu

JE SAINTE

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en rapport avec la Mère Marie de l'Incarnation, à l'occasion de la confection d'un ouvrage important de broderie pour la chapelle, ce fut surtout dans les intimes épanchements et les pieux colloques qu'elle eut avec cette vénérée Mère qu'elle se forma à la vie religieuse.

Le caractère distinctif de cette âme vraiment séraphique était son esprit de charité, d'humilité et de pénitence. Sa vie ne fut vraiment qu'un long martyre d'amour. On raconte que, dès son noviciat, son amour pour Dieu était si véhément et si intime, qu'elle ne pouvait qu'avec beaucoup de peine manger et dormir. Aussi son pauvre corps tomba-t-il bientôt dans un état de faiblesse extrême, qui ne la quitta plus jusqu’à sa mort. Mais plus le corps était faible, plus l'âme était vigoureuse et vaillante. On ne peut s'imaginer de quelle sévérité elle usait envers elle-même, surtout quand elle se proposait de mater l'orgueil ou l’amour-propre. Plusieurs fois nommée supérieure, d'abord à Tours, où elle fut maintenue pendant six ans de suite dans cette charge, puis à Amboise et à Montrichard, il n’est pas d’humiliations qu’elle ne s'infligea. La première fois qu'elle fut nommée supérieure à Tours, elle ne put s'empêcher de dire, au moment de son élection, en présence de Mer l’Archevêque et de toute la communauté : « N'est-ce pas une chose terrible, qu'on ait eu la pensée d'élever une telle pourriture à une charge dont elle nc sera jamais capable! » Les religieuses allant au chœur ou en sortant la trouvaient quelquefois étendue par terre sur leur passage, ou dans les escaliers, ou à la porte du réfectoire, demandant à être foulée aux pieds comme la plus indigne des créatures; d’autres fois, elle se prosternait devant ses sœurs pour leur baiser les pieds. On la vit même plus d'une fois comparaître, pieds nus et la corde au cou, devant toute la communauté réunie, comme devant un tribunal, pour s’accuser de ce qu’elle appelait ses fautes et ses crimes et en faire amende

honorable publique et solennelle. Puis elle baisait le sol en y traçant des croix avec la langue. Si elle avait à punir quelque sœur, elle commençait par s’infliger d’abord la punition à elle-même afin de lui en faciliter l'accomplissement. Les moindres éloges qu'on lui adressait étaient un tourment pour son cœur.

Attentive à ne s'accorder aucune satisfaction du côté de l'amour-propre, elle était non moins sévère envers ses sens. Comment raconter tous les pieux stratagèmes auxquels elle avait recours pour châtier son corps ? À cause de la faiblesse de sa santé, on lui avait défendu certains exercices de pénitence en usage dans la communauté, mais elle savait bien se dédommager en particulier. On raconte qu’elle avait inventé pour elle-même des supplices jusque-là inconnus dans le monastère. Elle s'était lié le corps au moyen de trois cordes pleines de nœuds. La première lui ceignait les reins; la seconde et la troisième, attachées à la premiére, se croisaient derrière le dos et, passant sur les épaules, venaient se rattacher à la première par-devant, et cela si fortement que la pauvre patiente ne pouvait faire un mouvement sans se sentir toute garrottée. Outre cela, elle portait encore une ceinture de cuir d’où pendaient des cordes nouées comme des disciplines, de sorte qu'en quelque posture qu'elle fût, soit couchée, soit assise, soit à genoux, elle se trouvait toujours sur des nœuds.

Dieu voulut consommer un tel martyre en la soumettant aux tourments d'une des maladies les plus cruelles qu'on puisse imaginer. Peu après son retour de Montrichard, elle fut attaquée de l'affreuse maladie de la pierre. Au milieu de ses douleurs, qui durèrent plusieurs années, sa patience ne fut point altérée un seul jour. Elle n'omit aucune de ses macérations volontaires, ne se déchargea d'aucun de ses instruments de pénitence.

Calme, résignée, joyeuse même, elle attendit en paix la venue de l'Époux. Quand le moment du départ fut venu,

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