‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 46 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE V

dans la partie imaginative de l'âme, devint bientôt tout intellectuelle, et fut assurément une des plus hautes faveurs qui aient jamais été accordées à notre vénérée Mère. « Dans cet enchâssement de mon cœur dans celui de Jésus, dit-elle, je ne souffrais aucune douleur; mais je ressentis, au contraire, une touche divine d'une délicatesse et d'une suavité infinies, surtout quand j'entendis ces paroles : « C'est ainsi que se fait l'union des cœurs!, »

Depuis ce jour, elle ne considérait plus son cœur comme étant sa propriété personnelle, mais bien et uniquement celle de Jésus , qui le lui avait si aimablement ravi. C'était pour elle une inelfable consolation de penser au saint esclavage d’amour où son divin fiancé l'avait réduite.

Méditant un jour sur ces paroles des psaumes : « Vous êtes monté vers les sublimes hauteurs, vous avez amené avec vous la captivité elle-même captive?, » elle en fit l'application à son esclavage d'amour. « Lorsque le sacré Verbe incarné m'appellera au ciel avec lui, se disait-elle à elle-même, il emmènera en captivité sa captive, c’est-à-dire que, s'étant emparé de mon cœur et l'ayant enchâssé dans le sien, il est désormais son captif, et quand il me retirera de ce monde, il ne manquera pas de l'emmener avec lui dans le cielÿ, »

1 Dom Claude Martin, ch. xvu, [re partie, p. 70, addition. Première relation.

2 Ps. Lvir, 19. .

3 Claude Martin, ch. xvn, addition, p. 72.

Arrétons-nous ici pour admirer le sublime état d'oraison de cette âme d'élite, qui n’est encore qu'au commencement de sa carrière. Rien ne pouvait déjà, pour ainsi dire, la distraire de la pensée de Dieu. Tout absorbée en lui, ce n’était que par un grand effort et avec un vrai secours du ciel qu'elle pouvait prêter son attention aux choses de la terre, Si l'horloge sonnait, elle était obligée, pour compter les coups, de compter avec ses doigts, tant son esprit était absorbé par la pensée de Dieu. Quant ai . conversations avec le prochain, elle ne les suivait qu'avec beaucoup de peine. Et certainement elle n'eût pu le faire sans un secours spécial, Mais Dieu ne le lui refusait pas, et sauf en certaines circonstances assez rares, personne n'eût pu deviner, en l'entendant parler ou en la voyant agir, le secret de sa conversation intime et continuelle avec Dieu.

Que faisiez-vous dès lors encore dans le monde, au milieu des créatures, colombe bien-aimée, chère fiancée du grand Roi, toute parée de vos éminents privilèges et de vos rares vertus pour le jour des noces divines? Le monde voyait votre extérieur simple et recueilli, mais joyeux et toujours agréable, et il louait votre patience, votre charité, votre douceur, votre intelligence et votre activité; mais les anges contemplaient ravis votre « gloire intérieure », et votre Bien-Aimé vous considérait attentivement à « travers les treillis! », comme l'épouse des Can-

1 Cant., 11, 9.

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