‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 45 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE V

soient quelquefois engagés dans les rudes combats de l'épreuve et de la tentation, c'est pour les purifier de leurs fautes et les instruire par l'expérience des périls et des maux de cette vie, Mais il ne les abandonne jamais, et il sait, quand le moment est venu, les en arracher et les dédommager largement de toutes leurs souffrances. L'essentiel pour eux, dans ces moments difliciles, est de ne point se décourager, de persévérer toujours dans la pratique des bonnes œuvres, et d'attendre avec résignation et confiance l'heure de la délivrance et de la consolation.

Cependant, au milieu de tant d'épreuves, les apprêts aux noces divines s’achevaient peu à peu. La fiancée de Jésus n'avait encore que vingt-cinq ans; mais elle avait si bien profité des grâces de Dieu, qu'elle touchait déja, malgré sa jeunesse, aux honneurs de la plus haute union mystique.

À mesure qu'elle s'élevait vers ce sublime terme des opérations divines en son âme, ses ardeurs, ses soupirs, ses larmes redoublaient d'intensité. « C’étaient, nous dit-elle, des plaintes amoureuses, des gémissements ineflables, dont chaque retour semblait devoir me consumer. Mon âme se sentait de plus en plus irrésistiblement attirée vers le Verbe divin ; mais lorsqu'elle croyait pouvoir jouir enfin de sa présence, se perdre dans son adorable sein, une lumière éblouissante, sorte d'émanation de la Majesté divine, le dérobait encore à mes regards. J'entendais alors comme une voix du ciel

qui me disait : « Détournez vos yeux de moi, car ils m'ont obligé encore à me retirer promptement !. » On eût dit alors que la lumineuse majesté de Dieu s'interposait entre Lui et moi; mais ces retards ne faisaient que presser et exciter encore davantage mon ardeur. Si je m'étais alors écoutée, j'aurais poussé des cris perçants; je ne puis comparer mon cœur en ces moments qu'à une fournaise ardente prête à éclater. Je n'avais d'autre ressource que de me retirer dans la solitude et de me prosterner la face contre terre, en étouffant mes sanglots. Les pénitences extérieures et les œuvres de charité me procuraient aussi quelques soulagements. Aussi je m'y adonnais de plus en plus?, »

Toutefois le divin fiancé, de son côté, n'était point indifférent aux saintes ardeurs de sa future épouse. Il se plaisait à l’encourager, en lui donnant les plus doux témoignages de sa tendresse. Une nuit, pendant qu'elle était en oraison, il lui apparut tenant deux cœurs entre les mains. Et les unissant l’un à l'autre, de telle sorte qu'ils ne faisaient plus qu'un cœur, sans se confondre néanmoins : « Tiens, lui dit-il, voilà comment se fait l'union des cœurs! ! » À ces mots, la fiancée de Jésus se sentit embrasée des flammes du pur amour et comme enivrée des célestes parfums.

Cette douce et sublime vision, commencée d’abord

1 Cant., vi, 4.

? Dom Claude Martin, ch. xvur, [re partie, p. 69 et suiv. 3 Id., ibid., p. 70.

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