‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 48 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VI

cette salle réservée du palais du grand Roi où le banquet nuptial est préparé. L'épouse y jouit d’une sorte d'avant-goût de la vision béatifique, elle y entend quelque chose des mélodies célestes et y reçoit d'ineffables caresses du divin Époux. Notre vénérée Mère a essayé de nous dire, pour obéir aux ordres de son directeur, ce qu'elle a éprouvé en ces ravissements sublimes; mais elle a été bien loin, nous dit-elle, d’y parvenir. Que peut, en effet, la parole humaine, quand il s’agit d'exprimer Dieu? Où trouver, dans le langage des créatures, des expressions capables de rendre entièrement les vérités divines? Écoutons toutefois avec respect ce qu’elle nous en a dit.

« De fois à autres, Notre-Seigneur me donnait tout à coup de grandes lumières sur le mystère de l'Incarnation. Il me souvient que, pendant tout un carême, toute autre occupation me fut ôtée de mon esprit, et il n'y demeura que la seule vue des grandeurs et des perfections de l'âme bienheureuse de Jésus-Christ et des affections amoureuses de son divin Cœur. Tout cela se fit sans discours, par une simple vue et un seul regard d'amour. Car depuis que Notre-Seigneur m'arrêta le discours de l’entendement, il en a toujours été ainsi; il s’est fait voir à mon âme par un simple regard, sans imagination de ce qui peut tomber sous les sens, et avec une très grande pureté et simplicité!. »

Cette première vue du mystère de l'Incarnation

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1 Dom Claude Martin, addition au ch. xvur, [re partie, p.

n'était que le prélude d’une autre vue bien plus ravissante dont elle fut favorisée quelques jours après.

« C'était le lundi de la Pentecôte, dit-elle, pendant que j'entendais la messe dans la chapelle des RR. PP. Feuillants, où j'avais coutume d'aller faire mes dévotions, et où j'ai reçu tant de grâces. Ayant par hasard levé les yeux sur l'autel, j'aperçus d’abord de petites images de chérubins qui y étaient attachées, puis ils furent fermés tout à coup, et mon esprit se trouva en présence de la très sainte et très auguste Trinité. Toutes les puissances de mon âme furent en même temps arrêtées et pâtissantes dans l’impression äc ce sacré mystère. Cette impression était sans forme ni figure d'aucune sorte, mais plus claire et plus intelligible que la lumière elleraême. Je sentis d’abord que j'étais dans la vérité, puis je vis le divin et mutuel commerce des trois personnes divines entre elles, l'intelligence du Père qui, se contemplant elle-même, engendre son Fils, génération qui a été, est et sera éternellement. Mon âme vit ensuite l'amour mutuel du Père et du Fils produisant le Saint-Esprit par une réciproque eflusion d'amour, mais sans mélange ni confusion d'aucune sorte. Je compris en même temps les divines réalités exprimées par ces mots : spiration et production, spiration active et spiration passive. Mais il n’y a point de termes qui me permettent d’en parler clairement. Tout en voyant les distinctions qui existent entre les trois personnes divines, je percevais leur unité d'essence, ainsi que leurs opérations tant intérieures

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