PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VI
qu'extérieures, et cela en un moment, sans aucun intervalle de temps.
« Par cette même impression, la très sainte Trinité éclairait mon âme sur ses opérations extérieures, et d’abord à l'égard de la suprême hiérarchie des Anges, des Chérubins, des Séraphins, des Trônes, etc., leur signifiant directement et sans intermédiaire ses saintes volontés. Je voyais aussi clairement les opérations et les sublimes rapports de chacune des divines personnes de la très sainte Trinité, avec chacun des chœurs angéliques. Je voyais le Père éternel résidant dans les Trônes, ce qui me faisait connaître la pureté et la solidité de ses pensées éternelles. Je voyais le Verbe se communiquant aux Chérubins par la splendeur de ses lumières, et je comprenais par là qu'il est toute lumière et toute vérité au dedans de lui-même par sa génération éternelle, et au dehors par la communication qu’il en fait. Je voyais également le Saint-Esprit au milieu des Séraphins, qu’il remplissait de ses ardeurs. D'où je concluais que cette Personne adorable est tout feu et tout amour, puisqu'elle embrase de la sorte tout un chœur angélique. C'était, en un mot, toute la sainte Trinité qui m'apparaissait se communiquant à cette suprême hiérarchie des Anges, qui manifestait ensuite les volontés divines aux autres esprits célestes, selon les ordres qu'elle en avait reçus. Mon âme était comme perdue et abîmée devant ces grandes splendeurs,
« Je compris ensuite que, malgré les rapports de subordination établis entre les divins chœurs des
Anges, destinés à être illuminés les uns par les autres, Dieu les illumine néanmoins quelquefois lui-même, selon la qualité de ses desseins. Il est même quelques âmes en ce monde qui reçoivent elles aussi la même faveur, Et je dois dire que Dieu me montrait clairement que j'étais de ce nombre, malgré la boue dont je suis toute pétrie. Je comprenais aussi de quelle manière mon âme a été créée à l’image de Dieu, qu’en elle la mémoire a rapport au Père, l’entendement au Fils et la volonté au Saint-Esprit; et que de même que la sainte Trinité est une en essence et trine en personnes, de même aussi l’âme est trine en ses puissances et une en sa substance !. »
Pour nous rendre compte de la sublimité de cette vision, il importe de noter certains détails qui nous ont été donnés dans une lettre que la Mère de l’Incarnation écrivait à son fils quelques semaines avant sa mort. Répondant à certaines questions que Dom Claude Martin s'était permis de lui poser, elle y rappelle que cette grande vision intellectuelle fut manifestée par une impression subite, en un moment, toutes les puissances et facultés de son âme étant comme suspendues et purement passives. Elle ajoute que cette manifestation purement intellectuelle, sans aucune forme sensible, n’avait rien de commun avec ce qui tombe sous nos sens ou peut être exprimé par la parole, qu'on ne saurait même la comparer à la
1 Dom Claude Martin, Ire partie, ch. x1x, relation, p. 77 et suiv.
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