‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 56 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VII

cette fois j'étais plus dans la jouissance et l'amour que dans l'admiration. Je voyais encore les communications intérieures des trois personnes divines, comme je les avais vues précédemment; mais je fus bien plus amplement éclairée sur la génération éternelle du Verbe. Oh! quelle vision ineffable ! Dieu le Père engendre de toute éternité un autre lui-même, son Verbe, son image, et cette génération ne cesse point. Ce Verbe est égal à son Père en personne, en grandeur, en majesté, et le Père et le Verbe, par leur amour mutuel, produisent l’Esprit- Saint, qui leur est pareillement égal en toutes choses. Cette vue est un bien qui est au-dessus de tout autre bien, une lumière qui ne saurait être comparée à aucune autre lumière : c’est la vraie béatitude de l'âme. Car non seulement l'intelligence est satisfaite, mais le cœur et la volonté le sont aussi par l’ineffable amour dont ils sont embrasés.

« Or, tandis que j'étais ravie en Dieu par cette contemplation sublime, je me trouvai peu à peu tout absorbée par la vision ineffable du Verbe divin. Il caressait mon âme comme étant tout à fait sienne et lui appartenant sans réserve.

« Je sentais, de mon côté, que j'étais tout entière à lui par une union nouvelle et une sorte d’embrassement étroit qui me constituait sa captive. Mais il me semblait, en même temps, que ce Verbe divin m'était donné en propre, pour que je jouisse désormais à l'aise de tout lui-même, et même de tous ses biens.

« Toutefois mon âme, se voyant si riche par la possession d’un tel trésor et de biens si immenses et si précieux, ne voulait, en aucune manière, rien retenir pour elle-même de toutes ces richesses, mais les rapporter toutes, ainsi qu’elle-même, à son bienaimé Époux. En un mot, elle voulait n'être rien et qu’il fût tout, n'avoir d'autre bonheur que de considérer son vide et son néant personnel, et la plénitude des biens de Jésus. Oh ! que cette jouissance est douce ! C’est un labyrinthe d’amour, où l’on goûte une ravissante ivresse et un ineffable enchantement. L'âme qui est ainsi favorisée ne sait plus ce qu’elle est, ni même si elle est ; elle se sent toute perdue dans l'océan d'amour où sont engloutis à jamais tous les élus du ciel.

« Quand je dis que le Verbe divin tenait mon âme captive, je veux dire par là qu’elle était si étroitement serrée en ses divins embrassements, qu'elle était purement passive en son action. Quelquefois un rayon de lumière ramenait ma pensée vers le Père et le Saint-Esprit, que j'étais confuse d'avoir comme oubliés un moment. Je m’'empressais alors de faire des actes d’adoration, de soumission et d'amour. Mais bientôt j'étais de nouveau ravie et absorbée à mon insu par le Verbe, dans lequel je me perdais encore, comme auparavant. Je compris alors par la plus douce expérience que ce Verbe divin était enfin devenu le vrai et unique époux de mon âme, et que mon alliance avec lui était enfin consommée.

« Il me faudrait, dit-elle ailleurs, toute la puis-

mer

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