PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE VIII
tranquille, en sorte que rien ne semble pouvoir la distraire. Ses soupirs et ses respirs sont à son Bien- Aimé dans un état épuré de tout mélange, autant que cela peut être en cette vie, et par ces mêmes respirs elle lui parle sans peine de ses mystères, et il veut ce qu'elle veut, II lui est impossible de faire les méditations et les réflexions ordinaires, parce qu'elle voit les choses d'un simple regard, et c’est ce qui fait sa félicité, dans laquelle elle peut dire : Ma demeure est dans la paix!. »
Ce fond de l'âme de notre Mère était donc comme un ciel, un paradis où tout semblait immuable dans la jouissance de Dieu et dans la paix parfaite. Mais en dehors de ce fond, non seulement son âme se trouvait toujours sujette aux épreuves d'ici-bas, mais elle goûtait aussi quelquefois par intervalles des félicités, des joies et des impressions divines qu’elle appelle accidentelles, pour les distinguer de son état « foncier et permanent ». Car, « comme dans le ciel, dit-elle, outre la gloire esseneile, Dieu fait goûter aux bienheureux des joies et des félicités accidentelles pour faire éclater en eux sa magnificence divine, ainsi dans ces âmes chéries où il fait sa demeure en terre, outre cette possession foncière qu'il leur donne de lui-même, il leur fait quelquefois sentir un épanchement de joie qui est comme un avant-goût de l'état des bienheureux. Il y a bien néanmoins de la différence entre cet état foncier et cet autre accidentel,
1 Lettres spiriluelles. Lettre CITe, à son fils, p. 237.