LA VOCATION RELIGIEUSE
Ses attraits profonds pour la vie religieuse. — Tentations dont elle est l'objet. — Jésus la rassure et calme ses désirs. — Dégoût du monde. — Les Feuillantines lui font une touchante proposition. — Les Ursulines à Tours. — L'évêque de Dol. — La Mtre Françoise de Saint-Bernard, religieuse ursuline. — Cette religieuse est élue supérieure. — Elle lui offre une place dans le monastère. — Son confesseur donne son consentement. — Tout est conclu; l'heure des grands adieux va sonner.
Egredere de terra tua et de cognattone tua et de domo patris tui, et vent in terram quam monstrabo tibi.
Sors de ton pays, quitte ta famille et la maison de ton père, et viens dans les régions que je te montrerai.
(Gen., xn1, 1.)
Il faudrait remonter aux premiers jours de l’adolescence de notre vénérable Mère, et même à ceux
de son enfance, pour trouver les commencements de son attrait pour la vie religieuse. Toute jeune encore, elle n’aspirait qu’à se consacrer entièrement au Seigneur. Mais, dans sa piété naïve, elle se représentait l'état religieux proprement dit sous un aspect si élevé,
qu'elle n'osait point y aspirer. Aussi se laissa-t-elle engager dans les liens du mariage, croyant qu'elle n'avait rien de mieux à faire, pour plaire à Dieu, que d'obéir à la volonté de ses parents.
Mais quand elle fut devenue veuve tous ses: premiers attraits se réveillèrent avec plus de force que jamais. Toutefois une. grande difficulté se présentait à son esprit, c'était celle de son fils. Pourrait-elle se décider à laisser cet enfant seul dans le monde, à un âge si tendre, sans autre appui que sa tante et sans fortune ? Et, d'un autre côté, consentirait-on à la recevoir elle-même sans dot? Car, on le sait, elle avait perdu tous ses biens.
Ces diverses considérations agissaient puissamment sur son cœur et y provoquaient un combat très vif entre la nature et la grâce. D'un côté, l'appel de Dieu lui paraissait évident, irrésistible ; mais, de l'autre, la nature opposait à cet appel des arguments tellement péremptoires, qu'elle se crut plus d’une fois le jouet d'une illusion diabolique, dont le but était de la détourner des devoirs essentiels de son état. Elle alla même jusqu'à prier Dieu de la délivrer de cet attrait pour la vie religieuse, « Hélas ! mon Bien-Aimé, lui disait-elle, ôtez-moi, s'il vous plaît, cette pensée: vous savez bien que je me suis ôté les moyens de parvenir à ce bienheureux état, en faisant le sacrifice de mes biens, et que, de plus, j'ai un fils que vous m'avez donné, et dont il faut que je prenne soin! »
1 Dom Claude Martin, addition au ch. xxx, p. 158,
PS