PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE IX
Mais son Bien-Aimé était sourd à cette prière, et ses attraits pour le cloître persévéraient toujours. Aussi s'exerçait-elle en secret, avec une perfection admirable, à la pratique de toutes les vertus religieuses, La pauvreté surtout faisait ses délices, Garder quelque argent ou bien terrestre quelconque pour elle-même, lui eût semblé une chose incompatible avec le pur amour de Jésus-Christ et la confiance qu'elle lui avait vouée, Tout ce qui passait par ses mains, en propriété personnelle, était immédiatement distribué aux pauvres.
La pieuse et sainte veuve, tout adonnée à la pratique des plus belles vertus religieuses, attendait en paix la lumière complète sur sa vocalion et le signal de {a Providence pour y répondre aussitôt,
Cependant cette lumière se faisait de plus en plus en son âme, car ses attraits pour la vie religieuse devenaient de plus en plus profonds et puissants, Un jour, tandis qu'elle marchait dans un chemin solitaire, elle fut tellement cppressée par lirrésistible désir de quitter le monde et de se consacrer à Dieu dans le cloître, qu'elle fut obligée de s'arrèter
pour calmer son émotion, Elle se plaignit alors amou-
reusement à son divin Epoux, qui différait si long-
temps le moment de sa séparation d'avec les choses d'ici-bas, et elle entendif au fond de son cœur cette consolante parole : « Attends, attends avec patience, Un autre jour, se trouvant dans une société assez nombreuse, elle entendit quelques propos peu mo-
destes qui blessèrent son cœur, Dès qu'elle put rompre
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l'entretien, elle se retira dans sa chambre, et là, donnant libre cours à ses émotions, elle se laissa tomber à terre en poussant des cris et des gémissements. Elle se plaignit amèrement à son divin Époux de ce qu'il la laissait si longtemps au milieu des « immondices du monde ». Mais à peine eut-elle exhalé cette plainte, elle ressentit aussitôt une douce impression, comme le regard de Jésus arrêté sur elle, et elle entendit une parole intérieure qui lui donnait une nouvelle assurance de la prochaine réalisation de ses ardents désirs.
Il y avait alors à Tours deux couvents de religieuses, outre celui de Beaumont, qui se seraient volontiers disputé l'acquisition de cette âme d'élite, Le premier était celui des Feuillantines. Son supérieur général, étant venu le visiter à cette époque, entendit parler des vertus extraordinaires et des intentions de notre chère servante de Dieu. Il voulut la voir, et après lui avoir fait les plus belles promesses, et notamment celle de se charger de l'éducation de son fils, il lui offrit une place dans le monastère.
Les Carmélites de la réforme de sainte Thérèse, récemment établies à Tours, aspiraient elles aussi à posséder ce précieux trésor. Mais ni les unes ni les autres ne furent appelées à cet honneur. Dieu le réservait, dans sa miséricorde, à une autre famille religieuse dont les constitutions et le but étaient plus appropriés aux attraits apostoliques de la future Mère Marie de l'Incarnation.