PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE IX
lée à remplir une fonction si haute et si importante.
Un tel incident n'était point fait, assurément, pour éclairer la voie qu'elle devait suivre. Mais Dieu, qui ne permettait tous ces contretemps que pour éprouver sa foi et sa confiance, daigna bientôt enfin lever tous les obstacles. Il se servit pour cela d'une circonstance tout à fait imprévue. Nous ne savons à propos de quelle affaire, M°° Martin fut appelée à entrer en relation avec une religieuse Ursuline appelée Mère Françoise de Saint-Bernard. Leur première entrevue fut très cordiale, et une pieuse et sainte amitié ne tarda pas à s'établir entre elles,
La jeune veuve ne cacha point à sa pieuse amie son dégoût du monde et de ses vanités, son vif attrait pour le cloître et la pratique des conseils évangéliques. De son côlé, la Mère Françoise de Saint- Bernard ne tarda pas à deviner les trésors cachés dans cette âme d'élite, et elle se promit bien de faire tout son possible pour gagner à son saint Ordre un sujet si privilégié. La Providence, qui dirige tout avec une sagesse admirable, lui en donna bientôt l'occasion.
Le temps marqué pour l'élection d'une nouvelle supérieure étant venu pour le monastère des Ursulines, Mère Francoise de Saint-Bernard fut choisie pour ces importantes fonctions. À cette nouvelle, notre sainte veuve s'emprossa d'aller féliviler su pieuse amie, Mais dès qu'elle eut franchi le seuil du monastère, elle fut saisie tout à coup d'un vif el profond pressentiment de ce qui allait arriver, Elle
était à peine entrée au parloir, lorsque la nouvelle supérieure se présente, et avec un accent où se peignait, avec la joie de son cœur, une inspiration toute céleste : « Je connais votre pensée, lui dit-elle, vous pensez que je vais vous offrir une place dans notre maison. Eh bien! oui, je vous l'offre de tout cœur et suis heureuse de vous l'offrir. »
Qu'on juge des sentiments de M"° Martin en entendant ces paroles. Elle ne pouvait en croire ses oreilles, et elle demeura longtemps tout interdite, sous le coup de la plus douce et vive émotion. Puis, après avoir remercié son amie, elle déclara qu'elle ne pouvait prendre aucun engagement avant d’en avoir conféré avec son directeur.
Le Père Raymond de Saint-Bernard était, nous l'avons dit, un homme de piété et d'expérience ; mais il apportait dans la direction des âmes quelque chose de rude et d’austère. Il accueillit les confidences et la demande de conseil de sa pieuse pénitente avec une grande froideur extérieure, se bornant à lui répondre qu'il aviserait.
Cet accueil ne cachait-il point un refus ? Il était permis de le craindre. M"° Martin ne dissimula rien, à cet égard, de ses douloureuses appréhensions à Mère Françoise de Saint-Bernard. Elle lui dit tout ce qui s'était passé de la part des Feuillantines, le désir qu'elles lui avaient manifesté, la touchante proposition que leur supérieur lui avait faite par rapport à l'éducation de son fils. La Mère Françoise de Saint-Bernard déclara que, de son côté, elle ne