PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE IX
Depuis peu de temps, l'ordre des Ursulines, fondé en lialie, au xvi° siècle, par sainte Angèle Mérici, commençait à se répandre en France, Après Paris, plusieurs autres grandes villes du royaume se disputaient à l'envi l'honneur de posséder des filles de l'illustre vierge de Brescia, vouées à l'éducation de la jeunesse. Le renom de science, de ferveur, de vertu, de zèle apostolique de ces angéliques éducatrices de l’enfance était parvenu jusqu'à M"° Martin, et avait pénétré profondément dans son cœur comme un trait mystérieux de la grâce.
Sur ces entrefaites, par un dessein tout particulier de la Providence, les Ursulines furent appelées à fonder un monastère à Tours, et, chose non moins providentielle, elles vinrent s'établir, au bout de quelques mois, tout près de la maison habitée par la pieuse veuve. Laissons-la raconter elle-même ses impressions en cette circonstance : « ‘loutes les fois que je passais auprès du monastère des Ursulines, j'éprouvais une grande émotion. Il me semblait que Dieu me voulait là; je m'y sentais attirée par un très vif sentiment d'affection. Mais, néanmoins, je n'osais céder à cet attrait, par crainte de ne pouvoir mener à bonne fin une telle entreprise. Je cherchais même à éloigner de mon esprit la pensée de cet ordre, mais elle y revenait sans cesse. Ce qui m'impressionnait le plus, c'était sa grande utilité dans l'Église, car il est voué à l'apostolat, et il a pour but d'arracher une grande quantité d'âmes aux mains de Satan. Cette considération l'emportait dans mon esprit
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sur les grandes austérités que l’on pratique dans les autres ordres religieux, peut-être plus qu'en celuilà. Il me semblait aussi que le genre de vie qu'on y mène était plus confme à mes habitudes, et que, par l'apostolat extérieur dont on y fait profession, on se rapproche davantage de la vie et des exemples de notre divin Sauveur. Cette dernière considération m'impressionnait aussi vivement.
« Mais comment faire, ajoute-t-elle plus loin, pour y être admise, au seul titre de charité? Et, de plus, que deviendrait mon fils!? »
Tandis que, hésitante et incertaine, elle cherchait à connaître la volonté de Dieu, une circonstance imprévue vint augmenter encore ses incertitudes et ses perplexités. Mgr l’évêque de Dol étant passé à Tours, à son retour d'un voyage à Paris, et avant oui parler de ses vertus, voulut voir celle dont on lui disait tant de bien. Il l’apprécia bien vite, dès qu'elle lui eut été présentée, et il lui proposa aussitôt de l'emmener avec lui dans son diocèse, pour l'établir première supérieure d'un couvent de la Visitation, qu'il voulait y fonder.
Cette proposition pouvait lui paraître une ouverture de la Providence, Toute autre personne se fût peut-être empressée de l'accepter. Mais notre humble colombe demanda du temps pour réfléchir et prier, et quand elle apporta au prélat sa réponse, ce fut pour
s'exeuser et déclarer qu'elle ne se sentait point appe-
1 Dom Claude Martin, addition au ch, xxx, p. 165.
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