PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE X
L'exemple de tous les saints en fournit une preuve éclatante. Les uns ont quitté leurs biens, leurs pays, leurs parents et leurs amis, pour suivre l'attrait de la grâce ; les autres ont sacrifié leur santé, leurs inclinations les plus légitimes et les plus profondes, jusqu'à leur réputation et leur honneur. Ceux-ci ont affronté les plus cruels supplices, et se sont voués avec joie à la mort la plus affreuse ; ceux-là ont été les martyrs de la pénitence et de l’apostolat. Mais où trouver une mère à qui Dieu ait demandé un sacrifice analogue à celui d'Abraham? Sainte Julie et sainte Symphorose excitaient, il est vrai, leurs enfants au martyre; mais elles savaient que dans quelques instants elles iraient elles-mêmes les rejoindre. Selon le langage d'un Père de l'Église, elles ne les perdaient pas, mais elles les faisaient marcher devant elles: Non amittehant, sed præmittebant., n'en était pas de même pour notre mère. Elle devait laisser son fils dans le monde, à l'âge de douze ans à peine, sans fortune, n'ayant d'autre secours et d’autre protection qu'une tante qui avait promis, il est vrai, de le garder chez elle et de l'entretenir. Tout le reste, tout son avenir devait être abandonné aux soins de la Providence.
En lui demandant un tel sacrifice, Dieu enfonçait le glaive de la mortification jusqu'au plus profond du cœur de la chère épouse de son divin Fils; mais il était sûr d'avance que cette victime d'amour se laisserait immoler, sans proférer une plainte, ni
même le plus léger murmure. Il savait aussi quelle