‹ Histoire de la vénérable Mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 83 sur 258 · PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — CHAPITRE X

j'obéisse à Dieu, qui me commande de me séparer de vous? »

L'enfant demeura d’abord tout interdit en entendant un discours si grave. Puis, dans son étonnement, il fit cette réponse enfantine: « Mais, ma mère, je ne vous verrai plus. » À quoi elle repartit aussitôt : « Ne dites pas cela, mon fils; vous me verrez, au contraire, tant qu'il vous plaira, je ne m'éloigne pas de vous ; le lieu de ma retraite est le couvent des Ursulines, qui est à notre porte. Vous aurez ainsi la liberté et la commodité de me voir quand vous le désirerez.

— Puisqu'il en est ainsi, reprit le jeune Claude Martin sans trop se rendre compte du sacrifice demandé, et que j'aurai la consolation de vous voir et de vous parler, je le veux bien. » Ayant obtenu ainsi le consentement de son fils, l’héroïque mère ajouta : « J'aurais eu bien de la peine à me séparer de vous si vous aviez mis de la résistance à ma résolution, parce qu’il m'en coûte de vous mécontenter. Mais, puisque vous le voulez bien, je me retire et vous laisse entre les mains de Dieu. Je ne vous laisse point de biens; car, Dieu seul étant mon unique héritage, je désire qu'il soit aussi le vôtre. Si vous le craignez, vous êtes assez riche, car la crainte de Dieu est un grand trésor. Mon fils, vous perdez aujourd'hui votre mère; mais je vous en donne une autre, qui sera meilleure que moi et qui a bien plus de pouvoir pour vous faire du bien: c'est la très sainte Vierge Marie, à qui je vous recom-

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mande. Soyez-lui bien dévot, appelez-la toujours pi votre Mère, et dans vos besoins adressez-vous à elle [1 avec confiance, la faisant ressouvenir que vous êtes son fils, et qu’il faut qu'elle ait soin de vous.

«Je vous confie encore à ma sœur, qui m'a promis

de vous aimer et de vous entretenir jusqu'au jour | Al où il plaira à Dieu de disposer de vous, selon l’ordre I | de sa Providence. Rendez-lui, de votre côté, le même respect, la même obéissance qu’à moi-même. Res- P pectez tous vos parents, honorez tout le monde, ne di soyez point querelleur, évitez la compagnie des pr écoliers débauchés; fréquentez, au contraire, ceux toi qui sont bons et pieux. Approchez-vous souvent des ell sacrements, servez bien Dieu, priez-le avec respect et dévotion, et surtout gardez ses saints commande- not

ments. En un mot, aimez Dieu, et Dieu vous aimera ; il aura soin de vous en quelque état que vous soyez. Adieu, mon fils. »

Tel fut le testament spirituel de cette femme forte, au moment de son entrée dans le cloître. Bien que son fils fût depuis longtemps sevré des caresses maternelles, elle aurait pu, ce semble, l’embrasser la en cet instant solennel. Elle ne le fit pas néanmoins, craignant, sans doute, d'éveiller dans son propre cœur et dans celui de l'enfant une affection trop sensible et d'affaiblir ainsi, en ce moment suprême, la sainte énergie dont elle avait tant besoin,

ll Tout était maintenant terminé, L'heure était enfin | venue de franchir le seuil du cloître. On vit alors se dérouler, sur le chemin qui conduisait au monastère

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