‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 11 sur 57 · M PORTA · texte numérisé non relu

M PORTA

dont les vêtements exhalaient une infection insupportable. ‘“ La saleté de ces enfants qui n'étaient pas enicore formées à la propreté française, rapporte la Mère de l’Incarnation, nous soumit à de rudes épreuves. Tous les jours nous trouvions quelques ordures dans notre soupe, des charbons, des cheveux, quelquefois même un vieux soulier, Mais Dieu nous donnait la force de supporter tout cela sans trop de dégoût.” Ces anges de charité se trouvaient heureuses au milieu d’un tel dénûüment. ‘‘Tout cela, continue la Mère de l’Incarnation, nous offrait des delices plus agréables qu'on ne pourrait l'imaginer. Nous nous estimions mieux logées sous ce pauvre abri que dans un palais, car nous y possédions les trésors que nous étions venues chercher si loin, nos chères néophytes. ”

Le monde est bien éloigné de comprendre le mystère de ces jouissances surhumaines ; mais l'âme qui une fois s’est abreuvée à ce calice d’absinthe, ne peut plus en détacher ses lèvres, car elle

aspire au fond de la coupe un divin dictame, ce vin mystérieux dont s’enivrent les élus.

Dès son arrivée dans le pays, la Mère de l’Incarnation se ressouvint de la vision prophétique qu'elle avait eue six ans auparavant. ‘Je reconnus clairement que c'était le pays que le Seigneur m'avait montré; ces grandes montagnes, ces vastes forêts, ces plaines immenses, la situation et la forme des lieux, tous les aspects me retraçaient ceux que j'avais vus et qui étaient encore aussi présents dans mon esprit qu’à l'heure même. (Cette révélation me donna une nouvelle ferveur et une inclination plus vive pour tout souffrir et tout faire ce que Notre-Seigneur voudrait de moi dans ce nouvel établissement. ”

La colonie de la Nouvelle-France était encore bien faible à cette époque. Québec n’était qu'un village renfermant à peine deux cent cinquante habitants. Montréal n'existait pas encore ; et si l’on excepte une poignée de colons groupés autour

du fort des Trois-Rivières, on ne voyait de défrichements qu'aux environs de Québec. ! Mais cette petite population, issue du plus pur sang de la France, possédait un principe de vie qui l’enracinait profondément au sol, et lui promettait un rapide développement. ‘“ On avait apporté, dit le Père de Charlevoix, une très grande attention au choix de ceux qui s'étaient présentés pour aller s'établir dans la Nouvelle-France...

On continua les années suivantes d’avoir la même attention, et l’on vit bientôt, dans cette partie de l'Amérique, commencer une génération de véritables chrétiens, parmi lesquels régnait la simplicité des premiers siècles de l'Eglise. ” Les mœurs austères, la foi vive et pure, la piété solide de ces familles patriarcales faisait renaître l'âge d’or de Ia foi.

Nous avons déjà dit l’ordre admirable que Champlain avait établi au sein de cette petite société. ?

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