‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 19 sur 57 · Le Père de Charlevoix · texte numérisé non relu

Le Père de Charlevoix

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pendant les douze premières années qui suivirent son arrivée en Canada, est vraiment prodigieux ; elle dit elle-même que durant un seul automne, elle en écrivit plus de six cents.

Les aumônes qu'elle obtint ainsi fourmirent aux besoins les plus pressants de la fondation.

Cependant l'horreur de ce qu’elle appelait ses péchés avait pénétré jusqu’à la moelle de ses os, et l'avait animée d’une ardeur inexorable de vengeance contre sa chair. Un jour, dans le paroxysme de son indignation contre ellemême, elle se revêtit d’une haire qu'elle porta pendant très longtemps sans jamais l’ôter, pas même la nuit. Son confesseur en ayant été averti, lui en fit de sanglants reproches, et iui ordonna d'aller sur le champ déposer cet instrument de pénitence. La sainte désolée se jeta à ses pieds, et le supplia de vouloir bien entendre la déclaration de tous ses péchés et de toutes ses imperfections, afin de

juger par lui-même de sa conduite crimi-

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nelle, et de lui en prescrire le châtiment.

Le Père la repoussa d’abord ; mais enfin, attendri deses larmes et de ses instances, il consentit à l'entendre. Elle lui fit aussitôt, Sans examen, une confession générale de toute sa vie, avec une exactitude aussi précise que si elle y eùt consacré de longs jours ; tant le pur amour, ajoutet-elle, se montrait censeur jaloux et inexorable. |

Cet acte d’anéantissement et d’humiliation fit fléchir l’inflexible rigueur du ciel : ses peines les plus amères s’évanouirent ; quelques rayons percèrent la nuit de son âme désormais délivrée de ses agonies mortelles. Madame de la Peltrie, après un séjour de dix-huit mois à Montréal, revint se fixer pour toujours au milieu du petit troupeau qu'elle n'’avait délaissé un jour que pour courir après les brebis sans nombre qu’elle voyait se perdre au milieu des forêts et qu'elle eût voulu ramener toutes au bercail. Dans l’ardeur de sa flamme apostolique, elle avait même formé le

Ti projet de pénétrer jusqu'au pays des Hurons, à plus de trois cents lieues de Québec, à travers les forêts, les rapides, les lacs et les montagnes, pour annoncer à ces peuples barbares la bonne nouvelle du salut. Ses préparatifs étaient même déjà faits ; et elle n’attendait plus que la saison favorable pour s'embarquer ; lorsqu'un Père jésuite, arrivant de cette mission lointaine, lui fit voir si clairement l’inutilité d’un tel voyage, et le danger éminent de tomber entre les mains des farouches [roquois, qu'elle se résigna enfin à ab.ndonner son héroïque entreprise. Mais elle se consola en y établissant une fondation pour l’entretien d’un missionnaire de la Compagnie de Jésus.

Convaincue désormais que Dieu n’exigeait d'elle pour l’accomplissement de sa vocation et pour sa coopération au salut de ces âmes délaissées, que ses ardentes supplications, ses mortifications ordinaires, et l'exercice de la charité auprès de ses petites sauvages, elle revint s’en-

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sevelir dans sa retraite silencieuse des Ursulines, s’y assujétit à la clôture et à la règle, et y persévéra sans relâche jusqu’à son dernier soupir. !

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