Ils arrivèrent à Québec le 28 juillet
Attendrie à la vue de tant d'’infortunes, la ville entière tendit les bras à ces pauvres fugitifs, qui arrivaient dénués de tout, frappés de stupeur, et exténués de fatigue et de misère. ‘ Ah!
que ce coup me fut terrible ! s’écrie la Mère de l’Incarnation. C'était la chose la plus pitoyable qui füt encore arrivée dans cette nouvelle Eglise. Les révérends Pères qui étaient demeurés vifs avaient plus souffert que ceux qui étaient morts. À la vue de ces âmes consommées en vertu, dans lesquelles Jésus-Christ vivait plus qu'elles ne vivaient elles-mêmes, et dont la sainteté était si visible à tout le monde, chacun était ravi. Ils nous amenaient les faibles restes de leur troupeau, environ quatre ou cinq cents chrétiens, échappés à la fureur de leurs ennemis. Dans l’affliction que je ressentais en mon âme, la seule consolation qui me restait en voyant ces pauvres fugitifs, étoit de me voir proche d'eux et de pouvoir instruire leurs enfants Dans ce but, Notre-
Seigneur m'inspira d'étudier leur langue, que je n'avais pas encore apprise ; car à notre arrivée dans ce pays, je laissai ce soin à la Mère de Saint-Joseph pour m'appliquer à l'étude de l’algonquin et du montagnais, dont nous avions plus de besoin alors. Les citoyens firent leur possible pour assister ces malheureux exilés ; mais les maisons religieuses, madame de la Peltrie et surtout les PP.
Jésuites y contribuèrent pour la plus grande partie. Comme j'étais dépositaire, c'était moi qui distribuais la nourriture et les vêtements à ceux dont nous étions chargés, ce qui était pour moi un sujet d’intarissables consolations. ”
La Mère de l'Incarnation se mit à l'étude de la langue huronne avec toute l’ardeur de la jeunesse. ‘ Vous rirez peut-être, écrivait-elle à son fils, de ce qu'à l’âge de cinquante ans, je commence à étudier une nouvelle langue ; mais il faut tout entreprendre pour le service de Dieu et le salut du prochain.” Elle eut pour premier précepteur le P. Bres-
sani, naguère captif chez les Iroquois et délivré miraculeusement après avoir été torturé par le fer et le feu. Le saint martyr venait chaque jour s'asseoir près de la grille du monastère, et lui enseignait, avec une patience admirable, les rudiments de l’idiome barbare, lui en traçant les règles de ses doigts mutilés et encore sanglants. Quel spectacle !
d'un côté, un martyr, de l’autre, un archange. Etonnante sublimité de notre histoire ! à chaque page, on rencontre un miracle d’héroïsme ou de sainteté !
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