PQ
amis et ses domestiques pour aller délivrer son enfant. Le ravisseur la tenait enfermée dans un château, situé à la campagne, et muni d’une garde puissante.
L fallut livrer un assaut régulier: à la place, qui ne se rendit qu'après: une défense désespérée. “ Les termes de la capitulation furent que le vautour rendrait à sa mère la timide colombe, à condition qu'on lui laisserait à lui-même la liberté.” Cependant la famille, indiœnée de l'attentat commis contre un de ses membres, poursuivit le gentilhomme devant le tribunal de la Tournelle, à Paris. La jeune fille fut présente au procès et plaida elle-même sa cause avec tant de chaleur et d’éloquence qu’elle enleval’admiration du tribunal, et fit condamner le coupable à une forte amende.
Quelque temps après, un incident vint ranimer les espérances du gentilhomme :
la mère de notre jeune fille mourut. Pour mieux assurer le succès de ses intrigues, il se glissa dans les faveurs du duc d'Orléans, et parvint à lui persuader
que celle qu'il recherchait lui était fiancée. Nous cette fausse impression, le prince écrivit au tuteur de faire justice irnmédiate au jeuneseigneur. Dans cette perplexité, le protecteur de l'enfant, qui était un des premiers magistrats de Tours, lui conseilla de se réfugier dans un des couvents de la ville. Elle choisit pour asile ce monastère des Ursulines, qui avait été le cénacle d’où sa tante avait vu descendre sur elle l'esprit d’apostolat, et qui était encore tout rempli du souvenir de ses vertus. Son persécuteur la poursuivit jusque dans ce sanctuaire. Il sut si habilement intéresser la reine-mère à sa passion, qu’elle écrivit à l'archevêque de Tours en sa faveur. Mais avant de rien décider, le prélat voulut avoir une entrevue avec les deux jeunes gens, et il acquit la conviction que les prétentions du gentilhomme étaient aussi injustes qu’injurieuses à sa victime. Le malheureux désespéré se retira la rage dans le cœur et la menace sur les lèvres. Quant à la
A RS, ZT «à y YŸ K 25 | Æ 3 Si SI 4 A ps S333 y SO 34133333, =] D ss 214 Zù RE
2 Te rt ol di ENG
ms DO ue
nièce de notre Mère, le cœur brisé par des commotions si violentes, et désormais désillusionnte d’un monde où les épines se cachent si près sous les fleurs, elle retourna aux Ursulines, résolue de s’y ensevelir pour jamais. Et afin de n'être plus troublée dans sa solitude, elle écrivit à la reine pour se mettre à l'ombre de sa protection. Anne d’Autriche fut charmée de ce naïf abandon :
heureuse de lui ouvrir les portes du cloître, elle défendit au jeune seigneur, sous les peines les plus graves, de jamais renouveler ses poursuites.
En revêtant le bandeau des vierges, la pieuse novice voulut prendre, comme un gage d'un bon augure, le nom qu'avait illustré sa tante dans ce même monastère. Cependant, dit la chronique, sœur Marie n'avait quité le monde que par un mouvement de sa propre volonté, et la vocation religieuse doit procéder d'une inspiration divine, à laquelle nul motif humain ne saurait suppléer ; aussi éprouva-t-elle d’abord d’étranges
ve
tristesses. Le silence du sanctuaire pesalt come un plomb sur ses faibles épaules. Agenouillée contre ces larges dalles, son jeune cœur avait froid, et s'envolait sur les rayons vermeils qui descendaient des ogives en fleurs. Heureusement sa sainte tante priait et souffrait pour élle. Dieu ne put résister à de si touchantes supplications ; avec le voile et l’habit monastique, il donna un autre cœur à la jeune Marie de l’Incarnation. Insensiblement ses intentions s'épurèrent ; son âme, bercée au che.it des saints cantiques, s’endormit dans la douce quiétude de la prière ; et la solitude, qui lui avait causé tant d'’effroi, s'épanouit sous les fortifiantes émanations de la grâce. Pour l’enchainer plus intimement à lui, Dieu l’éprouva par d'amères tentations, et même par des souffrances physiques. Ces traits admirables, qui avaient failli entraîner sa ruine, s'altérèrent, et, ajoute la naïve chronique, ces beaux yeux noirs, si mutins durant sa vie mondaine, commen-
PT
cèrent à se voiler sous leurs larges paupières, donnant à sa physionomie cet air modeste que l’on admire dans son portrait.
Ainsi arrosée par les eaux de la tribulation, cette terre si bien préparée se couvrit d’une riche moisson de vertus.
Toutes les croix et les épines se transformaient pour elles en délices ; tant la soif des souffrances était devenue ardente en son cœur. Son nom de religion, qui murmurait sans cesse à son oreille le souvenir des vertus de sa tante, lui faisait demander incessamment à Dieu la grâce d’imiter un si parfait modèle.
Elle entretenait avec sa bienfaitrice une correspondance suivie ou respirent la science profonde de la vie mystique et l’onction d’une angélique piété. Enfin après une longue vie d’héroïsme et de labeurs, elle alla rejoindre au ciel sa bienheureuse tante, qui depuis longtemps l'y avait précédée.
Il a fallu anticiper sur l’ordre chronologique pour suivre jusqu’à son terme
la carrière de cette enfant qui avait été pour unesi large part dans les souffrances de la Mère de l’Incarnation. La conversion de son fils, qui avait précédé celle de sa nièce, avait apporté un grand adoucissement à ses peines intérieures.
Mais ses dernières chaînes ne devaient tomber qu'après cette seconde victoire.
Enfin, après sept ans de ces cruelles épreuves, le jour de la fête de l’Assomption, la Mère de l’Incarnation se sentit fortement inspirée de s'adresser à la sainte Vierge. À peine eut-elle jeté le premier cri d'invocation, qu’à l'instant elle se vit soulagée ; il lui sembla qu'on lui enlevait de dessus les épaules un vêtement d’une excessive pesanteur ; et il se fit dans la partie sensitive de l’âme comme un épanchement de paix, qui changea toutes ses amertumes en un fleuve d'amour.
Quelque temps après, à l'arrivée des vaisseaux d'Europe, elle apprit qu’à l'heure même où elle s'était vue parfaitement déchargée de ses peines, sa nièce
RE RC on ma ana Te
de ss RE ee Aura » € ana Oran a 2 ANR rm
avait pris le voile au monastère des Ursulines de Tours.
Tout se ressentit dans la servante de Dieu de cet heureux changement.
‘ Il me serait impossible de décrire le déluge de paix, où mon âme se trouva plongée dès qu'elle se vit entièrement libre de ses liens, et rétablie dans tout ce qu'elle croyait avoir perdu. Nonseulement elle voyait qu’elle n'avait fit aucune perte, mais elle connaissait par expérience qu'elle avait recueilli un très grand amas de trésors. Elle sentait que ce qui lui avait ôté la vue du bien qu'elle possédait dans l'intime union avec l’Epoux, n'avait été qu'une cendre qui cachait son feu, et qui couvrait ses lumières, pour son bien et son progrès dans les vertus solides.
“ Envisageant cet état, je ne me pouvais lasser de bénir Dieu de m'avoir fait passer par tant d’épines. Je lui demandais pardon de ne lui avoir pas été assez fidèle dans mes ténèbres, et j'entrais dans une confusion, qui m’humiliait en
sa divine présence au-dessous de toutes choses. Je louais et bénissais ce divin Sauveur en lui disant avec le prophète :
Il m'est avantageux que vous m'ayez humilié. (Ps. 118.) Et certes pour tous les trésors de la terre, je ne voudrais pas n'avoir point passé par cet état d’humiliation qui me parait d’un prix infini.
Il me semble que j'ai été dans ces cavernes de lions et de léopards, dont parle l’'Epouse des Cantiques ; et que pour n'être pas blessée par leurs morsures, je me suis sauvée dans les retraites de mon céleste Epoux, c’est-à-dire dans les saintes et sacrées maximes de l’Evangile, qui, comme des torrents de richesses, ont coulé en sa divine bouche.
“ S'il a dit, faites du bien à ceux qui vous font du mal, c’est une loi qu’il me semble avoir écrite dans mon cœur, avec une force et une impression toute d'amour. Je l’expérimente dans les occasions, non en me mortifiant, mais par une pente et une inclination qui m'y porte. Comme j'ai des affaires très épi-
neuses depuis que je suis au Canada, et que j'ai été obligée de traiter avec toutes sortes de personnes, ces divines maximes ont été ma force et mon soutien. ”
La vertu de notre Mère fut soumise, vers la même époque, à une tentation d'autant plus dangereuse qu'elle était plus subtile et plus délicate. La secte pharisaique des Jansénistes, qui, sous le manteau d’une doctrine austère, avait séduit en France tant de grands esprits, ébloui tant de hautes intelligences et déchiré les entrailles de l'Eglise, ambitionna la conquête de cette femme de génie, dont la réputation rivalisait avec la sainteté, et dont l'expérience dans les voies de Dieu égalait la science des plus grands maîtres de la vie spirituelle. Plusieurs de leurs chefs principaux lui écrivirent à diverses reprises ; mails la Mère de l’Incarnation avait, selon le conseil de la Sainte-Ecriture, la prudence du serpent avec la simplicité de la colombe ; et d'ailleurs sa piété était trop bien enracinée dans l'humilité et l’abnégation
de soi-même, pour se laisser éblouir par leurs brillants sophismes. Afin de couper court à lenrs insidieuses invitations, elle ne répondit à aucune de leurs lettres.
CAAPITRE SIXIEME |!
D ro ga qe =
Leg Ursulines dans leur nouveau monastère—Les Hurons se réfugient à Québec.
Le 21 novembre 1642 est une date mémorable dans les annales des Ursulines. Ce fut en eflet en ce jour, consacré par la fête de la Présentation de la sainte Vierge, qu'elles firent leurs adieux à la chétive masure de la Basse- Ville, pour prendre possession de leur nouveau monastère. Dès la veille, elles :
s'étaient préparées à cette inauguration par un jeune sévère. Le lendemain, aux premiers rayons du soleil, toute la famille monastique de la Mère de l’Incarnation gravissait lentement le sentier de la inontagne. La procession était
guidée par le P. Vimont, suivi de la Mère de l'Incarnation ellemême et de ses compagnes qui conduisaient le cortège des élèves sauvages. En franchissant le seuil du monastère, le chœur des religieuses entonna un hymne d'action de grâces auquel se joignirent les voix enfantines des petites sauvagesses. Une messe solennelle fut célébrée par le P.
Gabriel Lalemant, le futur martyr des Hurons. Pendant l’auguste sacrifice, toutes les pénsionnnaires, agenouillées au. ur de la Mère de l’Incarnation, et soutenues par sa Voix mâle et sonore, firent retentir la voute de la chapelle de cantiques de mission en langue sauvage. Comment Dieu n'aurait-il pas béni cet asile sacré du dévouement, d’où s’élevaient à la fois les innocentes supplications de ces naïves enfants des bois, —les cris d'amour de ces vierges héroïques, de cette Mère de l’Incarnation, pure comme un ange, crucifiée comme un anachcrète —le sacrifice de la victime sainte, offert par un martyr,
le la t de Corchisr des ction voix Une le P.
r des rifice, illées on, et pnore, lle de saupas ,d'où supdes erges arnacifiée e de rtyr,
dont les mains, teintes aujourd'hui du sang d’un Dieu, demain allaient être arrosées de son propre sang !
Ce jour de fête fut encore consacré par un jeûne rigoureux. C'étaient là les seules jouissances que se réservaient ces âmes mortes à la nature ; elles n'avaient d’aspirations que pour les âpres bonheurs de la pénitence.
Le nouvel édifice était construit en pierre, et mesurait quatre-vingt-douze pieds de longueur, sur vingt-huit de largeur. Il n’y avait de terminé que les principales divisions, et le plancher du rez-de-chaussée. Les autres n'étaient formées que de madriers volants, posés sur les poutres. Ce fut ainsi que les Ursulines passèrent l'hiver de 1643.
Quoiqu'elles fussent logées dans des appartements spacieux, elles eurent encore à souffrir de graves incommodités, surtout pendant les rigueurs de l'hiver. Leurs cellules inachevées et mal closes n'étaient chauffées que par le feu des cheminées qui ne donnait pres-
que aucune chaleur. ‘“ Ne croyez pas qu'ont puisse y demeurer longtemps en hiver sans approcher du feu ; ce serait un excès d'y rester une heure, encore faut-il avoir les mains cachées et être bien couverte. Hors les observances, le lieu ordinaire pour lire, écrire et travailler, c'est auprès du feu. Nos couchettes sont de bois et se ferment comme des armoires, et quoiqu'elles soient doublées de drap ou de serge, à peine y peut-on se réchauffer. À quatre cheminées que nous avons, nous brülons par an cent soixante-quinze cordes de gros bois ; après tout, quoique le froid soit si grand, nous tenons le chœur tout l’hiver, mais l’on y souffre un peu.”
Ce ne fut que vingt-cinq ans plus tard, en 1668, lorsque Mile Marie de Lauzon entra au noviciat des Ursulines, que les poëles furent introduits dans le monastère, à la demande de sa famille.
Pen de temps après son retour de Montréal, Madame de la Peltrie avait fait construire, à environ cent pas du
pas s en erait core être nces, tracoumme doune y nemis par gros oit Si
l’hi-
plus e de lines, ns le mille.
ur de avait s du
monastère une maison où elle fit quelque séjour, et qui allait devenir d’un grand secours dans un avenir prochain.
Les énormes dépenses qu'avait nécessitées l'érection du monastère, avaient complètement épuisé les ressources de la fondation ; mais les secours abondants, venus de France, surtout pendant les années 1644 et 1645, permirent de reprendre les travaux. Cependant ce ne fut qu’en 1648, c’est-à-dire après sept ans de sacrifices incessants que l'édifice fat à peu près terminé. Il avait coûté plus de cinquante mille livres. Les aumônes offertes par les âmes charitables de France auraient fourni les moyens de l’achever bien plus tôt, si l’inépuisable charité des fondatrices n’eût prodigué la plus grande partie de ces ressources aux pauvres sauvages qui se succédaient sans interruption à la porte du cloitre.
Dans cet intervalle, la communauté s'était accrue de plusieurs sœurs nouvelles : la Mère Anne des Séraphins,
venue du monastère de Ploërmel, en Bretagne, en 1643 ; la Mère Anne Compain de Sainte-Cécile, et la Mère Anne Le Boue de Notre-Dame, offertes par les religieuses de Tours en 1644. La santé
.délicate de la Mère Anne des Néraphins ne lui permit pas de terminer ses jours en Canada. Elle repassa en France après treize ans de pénibles labeurs et mourut l’année qui suivit son retour. La Mère de Sainte-Cécile reprit aussi le chemin de Tours, après avoir lutté pendant onze ans contre l’ennui de l'exil et les plus rudes privations.
Cependant la supérieure des Ursulines, qui soupirait depuis longtemps après les douceurs de l’obéissance, voyait approcher, avec un indicible bonheur, l'expiration de son second triennal. La règle ne permettait pas de la continuer dans sa charge, et la Mère de KSaint- Athanase, de la congrégation de Paris, fut choisie pour lui succéder.
Vers le même temps, le P. Jérôme Lalemant, oncle du martyr, fut nommé
el, en | Com- Anne ar les santé phins jours après ourut Mère hemin t onze
plus
Ursuemps royait heur, 1. La inuer Saint- Paris,
rôme mmé
supérieur général des missions, et directeur des Ursulines. Notre sainte connut par inspiration que ce vénérable serviteur de Dieu, dont l’éminente sainteté égalait la science dans les voies du ciel, était l'ange que le ciel lui envoyait pour consommer le grand ouvrage de sa sanctification. ! Elle ressentit, dès ses premières communications avec lui, une grande liberté d'esprit et une entière ouverture de cœur ; et le Père, de son côté, fut saisi d’un vif intérêt pour son avancement spirituel.
Lorsqu'il eut pénétré dans le sanctuaire de cette âme, dont l’incomparable beauté le remplit d'admiration, il résolut de l’épurer des plus imperceptibles poussières, et de mettre la dernière main à ce chef-d'œuvre de la grâce. Il la fit passer par une longue série d'épreuves, que l’humble pénitente subit avec une entière abnégation.
1. La Mère de l’Incarnation, qui se connaissait en sainteté, écrivait en parlant du P. Lalemant : ‘‘ c'est le plus saint homme que j’aie connu depuis que je suis au monde.’
Elle se sentait inpirée depuis longtemps de s'engager par un vœu à chercher toujours la plus grande gloire de Dieu, et à faire tout ce qui lui paraîtrait le plus parfait. Elle fit part de son désir au ?. Lalemant, qui, après avoir consulté Dieu dans la prière et l’oraison, lui permit de suivre son attrait. Ce grand maitre dans la conduite des âmes ne pouvait donner un témoignage plus éclatant de la sainteté de cette femme extraordinaire, qu’en la jugeant mûre pour une telle oblation.
Mais Dieu avait aussi des vues particulières sur notre Mère en lui inspirant cet acte héroïque : il voulait ceindre ses reins pour de nouveaux combats ; il voulait en faire nne des colonnes les plus fermes de l'Eglise du Canada, que l'esprit de ténèbres menaçait en ce moment même d'engloutir dans une mer de sang. L'année 1649 ouvre en effet une période de calamités et de sanglantes persécutions pour cette jeune chrétienté. Nous avons raconté ail-
ane
leurs ! les désastres et la dispersion tragique de cette nation huronne évangélisée au prix de tant de sueurs, depuis plus de vingt ans (1628), et enfin convertie à la veille de sa destruction.
Cette navrante nouvelle : fut apportée à Québec par le P. Bressani ; elle répandit la consternation dans toute la colonie.
Mais nul n’en ressentit le contre-coup avec plus de violence que la Mère de l’Incarnation. Son âme fut déchirée au récit des horribles supplices infligés aux PP.
de Brebeuf et Lalemant, et de l’anéantissement de cette église des Hurons qui promettait une si belle moisson pour ls ciel. Les tristes débris de cette nation décimée par la famine, la guerre et l’épidémie, vinrent, sous la conduite du P.
Ragueneau, se réfugier à Québec, seul endroit où ils se crussent à couvert de leurs implacables ennemis. ? Ils dressèrent leurs cabanes autour de l'hôpital de l'Hôtel-Dieu.