‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 30 sur 57 · M. l’abbé Ferland, Notes sur les Réqgistres de Québec · texte numérisé non relu

M. l’abbé Ferland, Notes sur les Réqgistres de Québec

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sans défense. Malheur au colon attardé le soir sur la lisière du bois, ou courbé sans défiance sur son champ, ou bien côtoyant de trop près dans son canot le rivage du grand fleuve ; une balle inconnue l’atteignait tout à coup, et avant que le malheureux blessé eût eu le temps dese reconnaitre, le féroce Iroquois, pous= sant son terrible cri de guerre, s’élançait sur lui et lui enlevait la chevelure.

Afin desse défendre contre ces nuées d’ennemis, le nouveau gouverneur, M.

D'Aiïlleboust, ‘ avait fait ériger dans les principaux centres d'habitations, des forts environnés d’une enceinte de palissades, et armés de quelques pièces de canons.

Au premier signal d'alarme, les colons se réfugiaient dans ces forts, et se mettaient en état de défense. [En outre, chaque habitant faisait de sa maison une petite forteresse, oùjil pouvait tenir tête à un bon nombre d’assaillants. Durant le

1. Il avait succédé£en 1648 à M. de Montmagny, et semblait avoir hérité de toutes ses précieuses qualités.

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jour, partout où il allait, au champ, au bois, à la pêche, son fusil ne le quittait jamais ; et à la première alerte, la hache ou le hoyau lui tombait des mains, et il couchait en joue son ennemi, avec une dextérité admirable.

Mais malgré toute cette vigilance et cette bravoure, chaque semaine était témoin de lamentables accidents. On entendait sans cesse parler de prisonniers attachés au poteau, de têtes scalpées, de membres mutilés, de femmes d'enfants torturés, écorchés, brûlés vifs.

Le récit de ces malheurs, mêlés à ces horribles raffinements de cruautés, semait l’épouvante parmi la population en deuil.

Incapable d'atteindre, dans sa retraite impénétrable, un ennemi invisible, qui frappait dans l'ombre et s'évanouissait sans laisser aucune trace, on se demandait avec désespoir si la colonie, ainsi harcelée de tous côtés, ne serait pas bientôt décimée et submergée dans son sang. On attendait avec impatience des

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La situation paraissait si critique, qu'on députa en Europe le P. Jérôme Lalemant, supérieur des missions, accompagné de quelques-uns des principaux habitants du pays, pour aller exposer l'état désespéré des affaires, et implorer de prompts secours.

Cependanit au milieu du deuil et de la consternation générale, la Mère de l’Incarnation et quelques autres âmes fortes et magnanimes restaient fermes dans leur confiance en Dieu, et relevaient les esprits abattus. Dans une lettre adressée à son fils, le 17 septembre 1650, elle trace une peinture fidèle du calme parfait dont elle jouissait.

‘“ Quelque délabrées que soient les affaires, n'ayez point d'inquiétude à mon égard, je ne dis pas pour le martyre, car votre affection pour moi vous porte à me le désirer ; mais j'entends des autres outrages qu’on pourrait appréhender de la part des Iroquois. Je ne vois aucun sujet de craindre, et si

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