‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 45 sur 57 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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les meubles renversés, les cheminées écroulées et l’épaisse fumée qui volait de toutes parts.

Cependant les secousses du tremblement de terre devenant de plus en plus violentes, on se crut transporté à la fin du monde. Les femmes tombaient en défaillance, les hommes se prosternaient la face contre terre en se frappant la poitrine, on élevaient les mains vers le ciel en implorant la miséricorde de Dieu, croyant à chaque instant que la terre allait s’entr'ouvrir sous leurs pieds, et les engloutir. Un grand nombre coururent vers les églises, afin de se préparer à paraître au jugement de Dieu.

Cette première secousse dura près d’une demi-heure. Cependant les oscillations continuèrent longtemps encore à se faire sentir ; mais avec moins de violence et d'une manière irrégulière, tantôt par des chocs rudes et saccadés, tantôt par un balancement analogue à celui d’un vaisseau bercé au roulis des vagues.

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mi les Français, comme parmi les Sauvages ; mais ce fut surtout un coup de foudre pour ceux qui se livraient, en ce moment même, aux divertissements du carnaval. Pendant toute la nuit, les églises furent encombrées de fidèles qui entouraient les tribunaux sacrés. D'étonnantes conversions s’opérèrent ; un missionnaire assura plus tard à la Mère de l’Incarnation qu’à lui seul il avait entendu plus de huit cents confessions générales.

Vers huit heures du soir, une seconde secousse eut lieu ; les Ursulines étaient alors au chœur, rangées debout dans leurs stalles et psalmodiant l'office des matines. Le choc fut si fort et si subit qu'elles se trouvèrent toutes instantanément prosternées à genoux.

Les Ursulines passèrent le carême dans des pratiques de mortification extraordinaire. Outre les jeûnes et les macérations qu'elles s'infligèrent, elles couchèrent toutes vêtues sur des paillasses étendues dans la salle de commu-

nauté, et à chaque secousse, elles se jetaient à genoux et récitaient le psaume Miserere.

C'est ainsi que ces victimes angéliques conjuraient par leurs veilles pénitentes le courroux du ciel, et lavaient de leurs larmes le sang des crimes qui criait vengeance.

Pendant sept mois entiers, la nature fut dans ces étranges convulsions. Dans toute l'étendue du pays, la surface du sol fut plus ou moins bouleversée. Des montagnes avaient disparu ; d’autres s'étaient élevées tout à coup; des forêts entières avaient été abattues et englouties dans des lacs ouverts en un jour ; des vallées étaient comblées par d'immenses éboulis.

On vit surgir une île nouvelle des eaux du Saint-Laurent ; jaillir des fontaines inconnues ; de profondes crevasses sillonner la terre et servir de lit à des torrents impétueux ; se creuser de larges cratères dont la gœueule béante laissait échapper des vapeurs sulfureuses. Le

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