Dom Claude Mutin
d’innocence, et allaient prendre place parmi les convives du saint lieu.
De ce jour en effet date une ère de bénédiction et de prospérité inouie jusqu'alors. La colonie vient de traverser l’âge critique de l'enfance ; elle quitte ses langes, et entre en pleine adolescence.
Les temps héroïques sont finis, et le règne de l’histoire commence.
La compagnie des Cent-Associés, dont l'impuissance et l’incurie avaient paralysé si longtemps le développement de la colonisation, est supprimée ; et le Canada rentre dans le domaine royal. Québec est honoré du nom de ville. Le marquis de Tracy est nommé vice-roi de la Nouvelle-France, et met pied à terre le 80 juin 1665, suivi bientôt d’une armée de 14 à 1500 hommes, de ce magnifique
régiment de Carignan, dont tant de
familles canadiennes s’honorent de tirer leur origine. ! L'orgueil des Iroquois
1. Le régiment de Carignan, commandé par le celonel de Salières, formait l'élite de l’armée française ; il s’était couvert de gloire à la bataille de Saint-Gotherd, gagnée en Hongrie (1664) contre une armée de quatre-vingt mille
est humilié ; l’armée pénètre jusqu'au cour de leur pays, réduit en cendres leurs villages, et les amène à des conditions de paix, qui donnent la tranquillité au Canada pendant près de vingt ans.
Cependant M. de Tracy avait amené avec lui un homme qui valait mieux encore pour la colonie que cette armée et tous les secours matériels : c'était
Turcs. Ses charges brillantes avaient décidé de la victoire. Les vainqueurs firent ce jour-là un massacre épouvantable ; plus de dix mille hommes des troupes du Grand Visir furent précipités et noyés dans une rivière. Le comte âe Coligny, général de l’armée française, a peint d’un seul trait l'horreur de cette scène : ‘‘ C'était un cimetière flottant”? 6 La bataille de Saint-Gothard, dit l’auteur de ‘‘ l’Histoire de Louvois,’’ (M. Camille Rousset) est une de ces grandes actions militaires dont les conséquences politiques et morales cffacent le résultat matériel. Elle fut le salut de l'Allemagne et l'honneur de la France.”’
La plupart des militaires, qui occupaient quelque grade dans le régiment de Carigaan, appartenaient à la noblesse de France. Ou ne peut aujourd’hui jeter les yeux sans Emotion sur l1 liste des noms si connus et si aimés de ces braves soldats, dont la nombreuse postérité peuple maintenant les deux rives du Saint-Laurent, et dont le sang coule dans les veines de presque toutes les branches de la grande famille canadicnne. Que d’autres noms bien connus rappellent ceux des De Contrecœur, De Varennes, De Verchères, De Saint-Ours, alliés aux familles De Beaujeu, De Gaspé, De Léry, De l1 Gorgendière, Taschereau, Duchesnay, De Lotbinière, de., &e., les noms des De Lanaudière, Baby, qui tous deux servaient dans la compagnie commandée par M. de Saint-Uurs ; enfin les noms des De la Durantaie, De Beaumont, Berthier, et tant d’autres dont nous pourrions indiquer la filintion avee une foule de familles canadiennes.
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l'intendant Talon. Si Cartier fut le découvreur, Champlain le fondateur du Canada, on peut dire que Talon en fut le créateur. ! Formé à l’école du grand Colbert, daqué comme lui d’une vaste intelligence et d’une activité infatigable, il présida à l’organisation civile, politique et même militaire du pays. Sous son habile administration, la colonie prit un tel essor, qu’en moins de trois ans, la population s’accrut de plus du double ; et les années qui suivirent, ne firent qu'accélérer cet élan de prospérité.
L'organisation religieuse avait précédé de quelques années l’organisation civile.
François de Montmorency-Laval, connu sous le nom d’abbé de Montigny, avait été nommé évêque de Pétrée, et vicaire apostolique de la Nouvelle-France en 1668. Mais ce ne fut qu'en l’année 1670, que Québec fut érigé en évêché, et que Mgr de Laval en fut nommé le premier titulaire. Nous laisserons à la Mère de l’Incarnation le soin de peindre d’un