‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 2)Chapitre 53 sur 57 · Dom Claude Martin · texte numérisé non relu

Dom Claude Martin

tative. La supérieure, qui se tenait constamment à ses côtés, rappela à son souve- , nir le fils qu’elle laissait dans le monde, et alors si éloigné d'elle ; elle s’informa si elle n'avait aucune recommandation à lui faire, et s’offrit à lui communiquer ses dernières volontés. En entendant prononcer le nom de son fils, elle tressaillit ; un profond attendri ssement se peignit sur sa figure : ‘“ Dites-lui, murmura-t-elle, que je l'emporte avec moi dans mon cœur en paradis, où je ne cesserai de solliciter sa parfaite sanctification. ” | Le vingt-neuf avril, elle reçut le Saint- Viatique et l'Extrême-O nction, avec une parfaite présence d'esprit, mais sans épanchement extérieur, ni empressement visible, et toujours absorbée en Dieu. L’âme oubliait déjà son enveloppe mortelle et ne communiquait plus qu'avec le monde des esprits.

Plusieurs fois pendant les derniers quinze jours de sa maladie, elle avait demandé à voir les petites sauvagesses ;

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et chaque fois elle les avait bénies avec cette effusion et cette tendresse inexprimables d’une mère mourante, Quelques religieuses lui ayant demandé de leur faire part du mérite de ses souffrances :

“ Tout est pour les sauvages, réponditelle avec un sourire, je n'ai plus rien à moi. ”

Dans la matinée du 30 avril, sentant sa fin approcher, elle voulut voir une dernière fois ses chères petites néophytes, et leur adressa, dans leur propre langue, des paroles d'adieu si tendres, si suaves, si pénétrantes d'amour et de sollicitude, qu'un torrent de larmes s’échappa des yeux de tous ceux qui l’écoutaient.

Vers midi, elle entra en agonie, mais quoiqu’elle eût perdu l’ouie et la parole, son esprit n’en paraissait pas moins avoir conservé toute sa lucidité. Aucun mouvement, aucune agitation extérieure ne trahissait la lutte suprême de la vie contre les étreintes de la mort. La placidité de la figure indiquait un calme parfait et l'union intime avec Dieu ;

plusieurs fois on la vit porter d'une main tremblante son crucifix à ses lèvres.

Cependant peu à peu les extrémités déjà froides révétaient cette blancheur mate qui indique que la vie, fuyant devant la mort, reflue vers les sources de l’existence, près de se tarir.

Le silence morne, qui règne dans la chambre de l’agonissante. n’est interrompu que par les soupirs et les sanglots de ses sœurs. Rangées autour de la couche funèbre de leur mère, elles contemplent avec anxiété, à travers la pâleur de la mort, les derniers rayonnements de cette grande lumière, qui s'évanouit à leurs yeux, pour se lever éclatante d’immortalité su l'horizon de l'éternité.

Qui dira leurs angoisses et leurs larmes ?

Elles n'osent croire à la triste réalité qu'elles voient venir. Immobiles, les yeux baignés de pleurs, fixés sur le visage de la mourante, elles prient, elles soupirent, elles gémissent.

À chaque défaillance, elles retiennent leurs sanglots, et n'osent respirer dans

la crainte d'enlever le dernier soufile errant sur les lèvres de leur mère.

‘ Une heure avant sa mort, dit un de ses historiens, elle versa trois ou quatre grosses larmes : Dieu seul, qui était le maître de son intérieur, sait de quelle source elles coulaient.” Peu après elle ouvrit lentement les yeux, jeta un long regard sur ses chères sœurs, comme pour leur dire un dernier adieu, puis elle les referma pour ne plus les ouvrir sur la terre.

Enfin à six heures du soir, sans agitation ni effort, elle poussa deux faibles soupirs et ce fut tout.

Un frémissement courut parmi les rangs des assistantes qui toutes restèrent immobiles, partagées entre la douleur et l'admiration, les yeux fixés sur le visage de la morte devenu tout à coup d’uns beauté éblouissante : son âme, en prenant son vol vers les cieux, semblait y avoir imprimé un reflet de sa gloire immortelle. Ce phénomène parut si merveilleux que les Ursulines voulurent

en perpétuer le souvenir ; et chaque sunée, depuis ce jour, un Te Deum d’'actions de grâces se chante au monastère, en mémoire de ce miraculeux événement, à l'anniversaire de la précieuse mort de la Mère de l’Incarnation.

Le bruit de son décès se répandit avec la rapidité de l'éclair ; de toutes parts on vit accourir les fidèles de toutes les conditions pour rendre les derniers devoirs à celle que la voix publique avait déjà glorifiée du nom de sainte.! L'empressement de la foule, avide de témoigner sa profonde vénération, ne se ralentit pas pendant tout le temps qui s’écoula depuis sa mort jusqu'à ses obsèques.

On se disputait, comme de précieuses reliques, les objets qui avaient servi à son usage. Tout fut enlevé en un instant ; et c’est à peine si les Ursulines purent conserver son grand chapelet,

1.‘ Au moment qu’elle cessa de vivre, la voix publique la canonisa dans tous les lieux où elle était connue.’”?

(Le P. de Charlevoix.)

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