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desséchées, elle appela sur elles toutes les bénédictions d'en haut. Les sanglots des religieuses et des enfants, qui la vénéraient et l’aimaient comme leur mère, interrompirent seuls ensuite le silence ; et toute la famille se retira, n'attendant plus que le moment fatal.
Cependant les vœux, les prières et les pénitences avaient recommencé avec une nouvelle ferveur pour la prolongation d’une vie si chère. La Mère de l'Incarnation fut contristée de cet empressement de ses sœurs à conserver des jours qu'elle croyait inutiles, et s’en plaignit affectueusement au R. P. Lalemant. Le vénérable vieillard, touché du deuil où la mort de la ssinte allait plonger la communauté, lui ordonna alors d’unir ses prières à celles de ses compagnes. Interdite à ce commandement, elle se recueillit un instant, puis joignant les mains, et levant les yeux au ciel : “ Mon Père, dit-elle, je crois que j'en mourrai ; mais si c’est la volonté de Dieu que je vive encore, je m'y soumets.”
—-Tout cela est bon, ma mère, repartit le saint homme, mais vous devez vous mettre de notre côté ; et prier Dieu de vous conserver à cette communauté, qui croit encore avoir besoin de vous.”
À ces paroles, l'humble mère se résigœna sans réplique, et renouvelant l’admirable dévouement de son compatriote, saint Martin de Tours : ‘“ Mon Dieu, dit-elle, si vous jugez que je sois encore nécessaire à cette petite famille, je ne refuse point le travail ; que votre volonté soit faite ! ”
De ce moment, elle éprouva un soulagement sensible ; la fièvre la quitta, et peu de temps après, les médecins la déclarèrent hors de danger. Un Te Deum d'actions de grâces fut chanté dans l’église du monastère, au milieu de l'allégresse universelle. La malade ellemême y assista, et parut recouvrer ses forces.
La joie d'une convalescence si inespérée fut partagée par la ville entière ; de toutes parts on s’empressa de venir la
féliciter et de lui témoigner, par les attentions les plus délicates, la part que l’on prenait à son rétablissement. Cette convalescence parut se continuer pendant tout le carême. Le dimanche des Rameaux, elle put suivre la cérémonie ; et le vendredi-saint, elle eut encore assez de force pour assister à l’adoration de la croix. Mais le soir m ême, elle fut obligée de déclarer à la supérieure ! que les deux tumeurs, qu'elle avait aux côtés lui causaient des douleurs aiguës. Le chirurgien, appelésur le champ, constata la présence de deux abcès, qu'il fallut ouvrir. L'opération fut très douloureuse ; mais la seule trace de souffrance qui parut sur le visage de l’héroïque patiente, fut un reflet de plus intime sérénité.
Deux fois le jour, le chirurgien visitait la malade, pansait ses plaies, les nettoyait, et souvent y appliquait le fer et
1. La Mère de l’Incarnation avait remis sa charge entre les mains de la Mère de Saint-Athanase, peu de temps avant sa maladie.
le feu. Un matin, pendant une de ces cruelles opérations, elle ne put réprimer un léger frémissement ; toute confuse de cette sensibilité involontaire, elle en fit une satisfaction immédiate, comme d'un scandale.
Cependant le médecin déclarait que les plaies étaient vermeilles et en voie de guérison. Mais le huitième jour, il se produisit une altération subite, jointe à un complet épuisement, indices certains de sa fin prochaine. On en fit part à la mourante ; aussitôt ses traits s’épanouirent ; une expression de recueillement extatique se répandit sur toute sa physionomie, et son esprit parut prendre son vol vers les cieux pour n’en plus redescendre. Son regard à demi-voilé resta fixé sur le crucifix, qu’elle tenait entre ses mains.
Lorsqu'on lui adressait la parole, elle répondait ‘“ avec une douceur et une affabilité angéliques ” !: mais en peu de mots, et sans sortir de son attitude médli-