‹ Histoire de la Vénérable mère Marie de l'Incarnation [microforme] (volume 3)Chapitre 16 sur 31 · Belleforest · texte numérisé non relu

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de la Loire, dont ie cours sinueux serpente à travers la plaine, en se dirigeant de l’orient à l’occident.

C’est dans cette ville que vivait, vers la fin du seizième siècle,une de ces familles patriarcales, à la piété solide et aux mœurs austères, que le christianisme seul peut former, et d'où sont sorties ces fortes races qui ont rendu les nations chrétiennes si puissantes. Le père de la vénérable Marie de l’Incarnation appartenait, par sa naissance, à la classe moyenne de la société, et avait été plus enrichi des dons du ciel que ceux de la fortune.

Engagé dars le commerce des soieries, M. Florent Guyard n'avait réussi, par son travail, qu’à se créer une modeste aisance ; mais, en revanche, il avait su acquérir, parmi ses concitoyens, une telle réputation de justice et de probité qu'il était souvent choisi comme arbitre de leurs différends.

Ces précieuses qualités semblaient héréditaires dans cette famille bénie. La réputation de piété qu'elle s'était acqui-

se, était si répandue en France, qu’en 1485, ce fut à un membre de cette famille que fut dévolu l’honrneur d'être député en Italie, auprès du grand solitaire dela Calabre, Saint François de Paule, et de le ramener en France pour consoler les derniers moments du roi Louis XI, alors étendu sur sa couche funèbre dans son château de Plessis-les-Tours. La Mère de l’Incarnation rappelait plus tard ce pieux souvenir de famille à son üle, comme une grave et austère leçon de vertu.

“ Je crois que vous n’ignorez pas que ce fut notre bisaïeul qui fut envoyé par le roi Louis XI, pour demander Saint François de Paule au Pape, et pour l’amener en France. J’en ai bien entendu parler à mon grand-père ; et même ma tante, qui est morte lorsque j'avais quinze ans, aVait vu sa grand'mère, fille de ce bisaieul, qui la menait souvent à Plessis-les-Tours pour visiter ce saint homme, qui, par une pieuse affection, faisait le signe de la croix sur le front

de cette petite en la bénissant. C’est ce qui a toujours donné une grande dévotion à notre famille envers ce grand saint. Mon grand-père nous racontait cela fort souvent, afin d'en perpétuer après lui la mémoire et la dévotion, comme il l’avait reçue de son aïeul.”

M. Guyard était aiiié par sa femme à une noble famille de France, l’illustre et ancienne maison des Babou de la Bourdaisière, aussi distinguée, par les hommes éminents qu’elle a donnés à l'Eglise et à l'Etat, sous le règne de François I, que par ses alliances avec les plus nobles familles du royaume.

L'épouse de M. Guyard était de tout voint digne de la haute piété de son époux ; aussi l’ord:e le plus harmonieux régnait-il dans l'intérieur de cette famille, où l’on respirait une atmosphère tout imprégnée des douces émanations de la vertu. dors.

La bénédiction du ciel ne tarda pas à se répandre sur eux ; et le 18 octobre 1599, Dieu leur donna une enfant qu'il

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destinait à devenir l’objet de ses prédilections, la merveille de la grâce et l’étonnement de son siècle. Elle fut présentée au baptême, dès le lendemain de sa naissance, à l'église de Saint- Saturnin de Tours ; et reçut le nom de Marie, ‘“ comme un heureux présage, dit un historien, de la tendre dévotion qu’elle devait avoir toute sa vie envers la Sainte-Vierge, et des faveurs extraordinaires que cette divine Mère devait lui accorder. ”

Les regards de la jeune enfant, en s’ouvrant pour la première fois à la lumière, furent témoins des exemples les plus édifiants et des mœurs les plus pures ; les premiers mots qui frappèrent son oreille furent ceux de Jésus et de Marie ; ils furent aussi les premiers qu'elle essaya de bégayer, lorsque sa langue commença à se délier. Avec le lait, sa mère lui fit sucer la sève de toutes les vertus. Et à mesure que son intelligence s'ouvrait à la raison et que ses facultés commencaient à s'épanouir,

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